Outil de suivi pour les régions

regiosuisse a créé un nouvel outil de suivi interactif pour les bassins d’emploi. Cet outil permet aux managers régionaux de générer en ligne des chiffres clés pour leur propre région, d’afficher et d’analyser des indicateurs définis par regiosuisse tels que la densité des places de travail ou la croissance de l’emploi. Il permet également de faire des comparaisons avec d’autres régions ou pour différentes périodes. Par exemple, un manager régional de la région de Sion peut demander l’affichage de l’évolution démographique et de celle de l’emploi au cours des dernières années. Les cantons, les régions et d’autres acteurs concernés par le développement régional peuvent aussi demander à regiosuisse des évaluations spéciales sur différents espaces ou zones – en principe jusqu’au niveau communal.

regiosuisse.ch/fr/bassinsdemploi

Impulsions pour les villes alpines

Plus d’un tiers de la population de l’espace alpin vit en zone urbaine. Les villes alpines constituent donc une clé importante pour un avenir durable. Elles sont le moteur de développements critiques et au centre de l’élaboration de solutions d’avenir. Il y a une année que l’ARE a pris pour la Suisse la présidence de la Convention alpine, l’accord international en faveur du développement durable des régions de montagne dans tous les États alpins. Dans cette fonction, l’ARE s’est fixé pour objectif, avec ses partenaires, de renforcer le potentiel de durabilité des villes alpines. Deux projets doivent y contribuer: une analyse scientifique destinée à mettre en évidence les défis actuels des villes alpines et à élaborer des perspectives de développement; le projet «Climate action in Alpine towns» qui développe des solutions d’aménagement pour protéger le climat. Ce second projet fait partie de l’Agenda territorial 2030 de l’Union européenne. Il est mis en oeuvre en collaboration directe avec les communes et la population locale.

alpinetowns.alpconv.org

Un poumon vert au parfum industriel

Patricia Michaud

D’ici l’été 2021, le Parc des Carrières accueillera ses premiers visiteurs. Cet ambitieux projet transfrontalier prévoit de convertir en parc paysager une vaste zone mixte – champs, gravière, etc. – située entre les villes de Bâle, Allschwil, Hégenheim et Saint-Louis. Les promoteurs du projet s’appuient sur les caractéristiques mêmes de ce «non-lieu» pour structurer l’aménagement du territoire. Un modèle à exporter.

Des pelleteuses s’activent bruyamment dans une imposante gravière, tandis que des avions sillonnent le ciel; à perte de vue, on aperçoit des champs de colza et de maïs uniformes et rectilignes. Les quelque 300 hectares de terrain situés entre les villes suisses de Bâle et Allschwil et françaises de Hégenheim et Saint-Louis ne correspondent pas vraiment à l’idée que l’on se fait d’une oasis de nature et de détente. Et pourtant, d’ici l’été 2021, cette zone transfrontalière accueillera les premiers visiteurs du nouveau Parc des Carrières IBA, un ambitieux projet qui a pour but d’offrir un véritable poumon vert aux habitants de la région.

Dans ce parc paysager, dont les trois étapes de réalisation s’étendront jusqu’en 2028, les citadins trouveront de quoi échapper, le temps d’une heure ou d’une demi-journée, au stress du quotidien. Le projet fait la part belle aux sentiers végétalisés et à des équipements familiaux – aire de jeux, tour d’observation, etc. – mais aussi, à moyen terme, à la préservation de la biodiversité, ce grâce à des centaines d’arbres indigènes et à des prairies maigres pâturées par des moutons. Pour accéder à cet îlot de nature réaménagée – dont le cœur occupera près de 12 hectares –, les résidents des quatre localités limitrophes auront à leur disposition plusieurs corridors piétons et cyclables. Pas moins de 40 000 habitants du secteur pourront ainsi atteindre le Parc des Carrières en moins de 12 minutes à pied ou 5 minutes à bicyclette. Sans oublier la ligne de tram numéro 3 reliant Bâle à Saint-Louis, dont un arrêt donne directement accès au parc.

Coexistence entre nature et activité humaine

Le Parc des Carrières, c’est tout d’abord une vision, celle de l’urbaniste bâlois Andreas Courvoisier. «En Suisse, les gravières sont de taille relativement modeste. Mais en France et en Allemagne voisines, elles sont gigantesques et marquent fortement le paysage. Généralement, lorsqu’elles ne sont plus exploitées, ces carrières sont remblayées, puis le terrain est rétrocédé à l’agriculture. Or, il me paraît pertinent d’apporter de la valeur ajoutée à ces espaces, d’éviter la monoculture tout en contribuant à la biodiversité et à la mise en avant du paysage local dans toute sa spécificité. Après tout, le gravier est l’une des ressources naturelles essentielles dont dispose notre région!»

Il y a une dizaine d’années, Andreas Courvoisier a proposé de promouvoir une urbanisation verte innovante pour le territoire, rebondissant sur un appel à projets de l’IBA Basel. Cette structure a été créée en 2010 par les principaux acteurs politiques de la région, notamment dans le but d’orienter de manière transfrontalière et à long terme la croissance et l’intégration de la région urbaine. Elle a été soutenue à hauteur de 3,3 millions d’euros par le programme INTERREG Rhin Supérieur. À travers le Parc des Carrières, «il y a une réelle volonté de reconstruire le paysage, de lui redonner sa variété et sa richesse d’antan. Parallèlement, il faut jouer sur cette coexistence entre nature et activité humaine; elle fait partie intégrante du projet et est à l’origine d’une partie de son intérêt.» L’urbaniste cite l’exemple du gravier: «À certains endroits, il est prévu qu’il affleure presque à la surface, car il apporte une chaleur qui plaît à certaines espèces naturelles.»

Andreas Courvoisier et Monica Linder-Guarnaccia © regiosuisse

Un non-lieu en guise de structure

Pour l’IBA Basel, qui supervise plus de trente projets à saute-frontières, le Parc des Carrières constitue à la fois un projet pilote et modèle, «qui doit aider à montrer qu’il est possible d’augmenter la qualité de vie et du paysage grâce aux espaces non bâtis, dans une logique où toutes les parties sont gagnantes, que ce soient les habitants, les agriculteurs, les promoteurs immobiliers, les représentants politiques ou les défenseurs de l’environnement», explique avec enthousiasme Monica Linder-Guarnaccia, la directrice de cette structure dont le slogan est «Au-delà des frontières, ensemble».

À l’image d’Andreas Courvoisier, elle précise qu’il n’est ici ni question de créer un parc urbain avec des pelouses hyper-entretenues, ni, à l’inverse, de prétendre qu’on se trouve en pleine nature sauvage. «Il s’agit d’un modèle alternatif. Nous assumons le fait d’être aux portes de la ville, dans un contexte fortement industrialisé. C’est justement ce qui fait la richesse du projet. Nous avons à la fois la possibilité de sensibiliser à la thématique de la biodiversité et au fait qu’un ‹non-lieu› peut aider à structurer l’aménagement du territoire. » D’ailleurs, le nom même du projet annonce la couleur, puisqu’il évoque à la fois les côtés paysager (parc) et industriel (carrières).

Financement mixte

Sans surprise, deux des principaux défis que représente le projet de Parc des Carrières sont à chercher du côté du financement et de la mise à la même table de tous les acteurs concernés. Le tout «dans un contexte transnational et bilingue», rappelle Monica Linder-Guarnaccia. «Étant donné que l’idée de départ du parc émanait d’un privé, à savoir Andreas Courvoisier, nous avons débuté avec de l’argent privé, mis à disposition par diverses fondations. » Cette manne a financé les études de faisa­bilité du projet, qui, par ricochet, «nous ont permis de montrer aux autorités compétentes à quel point le parc était intéressant, notamment en terme de bassin de population concerné et de résolution des nœuds de communication».

Parmi les bailleurs de fonds de la première étape de réalisation du parc, Mme Linder-Guarnaccia cite la ville de Bâle, la région Grand Est ou encore la Confédération. À noter qu’en 2019, le projet s’est concrétisé grâce à la signature d’un accord-cadre et d’accords bilatéraux entre les différents partenaires publics et privés du projet. À également été créée l’Association pour la promotion du Parc des Carrières, une structure franco-suisse réunissant les principaux acteurs impliqués, à savoir : Saint-Louis Agglomé­ration, Saint-Louis, Hégenheim, le canton de Bâle-Ville, le canton de Bâle-Campagne, Allschwil, le Bürgerspital Basel, KIBAG, EuroAirport et Eurodistrict Trinational de Bâle (avec sa succursale IBA Basel).

© regiosuisse

Un modèle à exporter

« Situé à proximité immédiate de la ville de Bâle, jouxtant des quartiers densément peuplés, le Parc des Carrières profitera pleinement à la population bâloise même s’il se trouve sur sol français », se réjouit Susanne Fischer, qui coordonne le projet pour le canton de Bâle-Ville. «La qualité de vie s’en trouvera augmentée dans l’Ouest bâlois.»

«Le Parc des Carrières constitue un bel exemple de financement mixte », analyse pour sa part Andreas Courvoisier. Il ajoute que les promoteurs du projet ont trouvé un moyen supplémentaire de générer une partie des fonds nécessaires à la suite des opérations. «Une autorisation de sur-remblaiement de 2 m de toute la carrière a été obtenue.» Un concept innovant, qui conforte Monica Linder-Guarnaccia dans l’idée que le Parc des Carrières est un modèle qui peut être reproduit à l’échelle régionale, voire exporté. «Rien que dans la région d’activité de l’IBA Basel, on compte plus de 50 gravières. Le potentiel est énorme!»

iba-basel.net

interreg.ch

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«Arve» – zone de loisirs au cœur de l’agglomération genevoise

Raphaël Chabloz

L’Arve, la rivière franco-suisse, qui parcourt 107,8 km depuis le massif du Mont-Blanc, dont neuf dans le canton de Genève, est bien plus méconnue que le Rhône dans lequel elle se jette à la Jonction, à Genève. Le projet de paysage prioritaire de l’Arve a pour objectif de rendre plus accessible au public les rives de la rivière franco-suisse dans le Grand Genève. Des parcours piétonniers et cyclistes – qui peuvent aussi être utilisés pour les déplacements pendulaires – sont notamment prévus, ou encore des réaménagements de parcs. Des aménagements légers permettent de maintenir le caractère sauvage de l’Arve. Le Grand Genève soutient le projet « Arve » dans le cadre de son programme d’agglomération, tandis que la Confédération l’a soutenu de 2014 à 2018 en tant que Projet-modèle pour un développement territorial durable. Le projet, qui a une orientation transfrontalière, implique des collectivités publiques françaises et suisses dont neuf communes, ce qui rend sa gouvernance complexe.

En 2014, le parc des Falaises situé dans la commune de Chêne-Bougeries a été la première réalisation concrète du projet. Ce site était partiellement aménagé, mais l’Arve y était masquée par la végétation. Un cheminement à été aménagé autour d’une clairière pour inciter la population à y entrer, à se reposer sur un banc et à contempler l’Arve, protégée du tumulte de la ville par un écrin de nature. «Nous avions besoin de réalisations rapides pour mobiliser autour de ce projet, donner envie et montrer que la planification sert à quelque chose», explique Anne-Lise Cantiniaux, cheffe de projet nature et paysage au Département genevois du territoire.

Le projet de paysage prioritaire de l’Arve interroge les rapports entre les politiques paysagères fédérales, cantonales et locales en articulation avec les politiques d’urbanisation et de mobilité. Ce projet exige non seulement de réfléchir à différentes échelles mais surtout de maintenir la cohérence entre les différents niveaux de planification et entre les phases de planification et de mise en œuvre.

Aujourd’hui, l’objectif est d’inscrire le projet dans la durée, afin que les nouvelles autorités communales se l’approprient et le fassent vivre à long terme. «Il faut assurer un suivi sur de nombreuses années, sinon la démarche n’est pas cohérente.» En 2020, les communes genevoises ont renouvelé leurs autorités. Il a donc fallu approcher une nouvelle génération d’élu-e-s, pour que la motivation ne retombe pas.

projets-modeles.ch

Vous trouverez ici la version complète en allemand.

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In Iffwil im fruchtbaren Berner Mittelland bewirtschaftet Klaus Zaugg sechzehn Hektaren Boden, von denen ein Viertel Pachtland und rund 3,5 Hektaren Wald sind. Seit zwei Jahren wird der Hof nicht mehr als klassischer Familienbetrieb geführt, sondern als Biohof Zaugg AG. Was genau steckt hinter der landwirtschaftlichen Aktiengesellschaft?

«Unser Hof ist zwar flächenmässig eher klein, doch die Bewirtschaftung nach biodynamischen Grundsätzen gemäss Demeter ist ziemlich aufwändig. Hinzu kommt, dass wir unsere Erzeugnisse auch selber verarbeiten und vermarkten. Täglich gehen wir ‹z Märit›, im Wochenturnus nach Bern und auf sechs weitere Märkte in der Region. Wir verkaufen an unserem Stand mehr als 150 verschiedene Produkte, vor allem frisches Gemüse, aber auch Obst, Beeren, Molkereiprodukte, Fleisch, Konfitüre, Honig und noch vieles Weiteres. Wöchentlich bedienen wir rund 700 Stammkunden.

Wir beschäftigen 30 bis 35 Leute, die sich rund 1700 Stellenprozente teilen. Damit erreichen wir personell fast schon die Grösse eines KMU. Hauptsächlich aus diesem Grund haben wir uns 2019 vom Modell des klassischen Familienbetriebs verabschiedet und eine AG gegründet. Diese wird von einer fünfköpfigen Geschäftsleitung geführt. Die Organisationsform gibt uns den notwendigen Spielraum für unsere gesamte Wertschöpfungskette, zu der zum Beispiel auch Milchverarbeitung in unserer eigenen Hofkäserei gehört.

Ich selbst bin für den Gemüsebau verantwortlich, der im regenerativen Anbau erfolgt. Das bedeutet, dass wir den Boden nicht pflügen, sondern nur oberflächlich bearbeiten. In Zukunft möchten wir beim Anlegen der Felder mehr auf die Topografie achten. Ziel ist es, die Erosion und den Wasserabfluss möglichst zu stoppen. Wir pflanzen Baumreihen, die den Wind brechen und die Verdunstung reduzieren. Die Förderung des Wasserkreislaufs über das Mikroklima wird immer wichtiger, denn in den vergangenen Jahren gab es immer wieder Trockenperioden, sodass wir unsere Kulturen bewässern mussten. Der Klimawandel wird immer mehr zu einer Herausforderung. Zum Beispiel tauchen plötzlich neue Arten auf wie seit einigen Jahren die Kirschessigfliege, die unsere Beerensträucher befällt.

Unsere grösste Aufmerksamkeit gilt einem gesunden Boden, denn er ist unsere eigentliche Lebensgrundlage. Aus ästhetischen Gründen und zur Förderung der Artenvielfalt haben wir im Laufe der Jahre eine vielfältige Hecke und Hochstammobstgärten gepflanzt. Zehn Bienenvölker, also rund 300 000 Bienen, sorgen dafür, dass die Äpfel, Birnen, Kirschen, Pflaumen, Zwetschgen und Mirabellen wachsen und gedeihen. Vielfalt ist uns auch auf den intensiv bewirtschafteten Gemüsefeldern wichtig. Dabei sind wir ständig am Ausprobieren von neuen Saaten und Sorten. Neuerdings ernten wir Süsskartoffeln und Borlotti-Bohnen, eine beliebte und gesunde Hülsenfrucht.

Nach getaner Arbeit geniesse ich es, über unseren Hof zu spazieren und den Blick über die Felder, Bäume und Hügel schweifen zu lassen. In dieser Landschaft, die für mich Arbeits- und Erholungsraum ist, bin ich ganz zu Hause. Ich überlege mir auf diesen Spaziergängen, wie sich die Landschaft hier weiter verschönern liesse. Hoffentlich enden unsere Hecken eines Tages nicht länger an der Hofgrenze, sondern sind Teil eines grossen Netzwerks. Wie ausgeräumt unsere Umgebung vielerorts ist, ist mir kürzlich während einer Reise in Norddeutschland aufgefallen. Wir besuchten eine Region, wo die Bauern der Natur offensichtlich noch mehr Spielraum lassen mit dem Resultat, dass die Landschaft dort deutlich abwechslungs- und artenreicher ist als bei uns.»

biohofzaugg.ch

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Mit Trockenmauern begrenzten die Bauern früher ihre Felder, und sie terrassierten damit steile Hänge. Lange Zeit prägten Trockenmauern das Bild vieler Landschaften. In der modernen Landwirtschaft mussten sie grösstenteils Rädern und Maschinen weichen oder zerfielen, da sie ihre Funktion verloren. Mit den Trockenmauern verschwanden auch viele wertvolle Biotope. Im November 2019 hat die UNESCO Tro­ckenmauern zum Weltkulturerbe erklärt. Das hat unzählige Projekte ausgelöst, so auch im Glarnerland. Was beim Wiederaufbau zerfallener Trockenmauern die eigentliche Herausforderung ist, weiss Daniel Kunz.

«Wir restaurieren in einem kleinen Team von sechs Leuten die zerstörten Trockenmauern entlang eines alten Geissenwegs. Unser Gelände befindet sich über dem Talboden, zwischen Mitlödi und Lassigen, unter dem Vorder Glärnisch. Das Projekt wird von Pro Natura und weiteren Umweltorganisationen finanziert.

Mauern ohne Mörtel zu bauen, ist meist reines Handwerk, das man nur in der Praxis lernen kann. Technisch gibt es dabei einen gewissen Spielraum, aber wir Trockenmaurer brauchen auf jeden Fall ein gutes Auge und eine gewisse praktische Begabung. Weil wir keine Bindemittel verwenden, müssen wir umso mehr auf die Statik und die Gesetze der Schwerkraft achten. Ausserdem versuchen wir, der Mauer ein bestimmtes Gepräge zu geben.

Als Einundsechzigjähriger bin ich eher ein spätberufener Trockenmaurer. Aber ich habe zeitlebens immer viel im Freien gearbeitet, zum Beispiel in der Landwirtschaft und auf der Alp. Dieses Projekt ist mehr als einfach ein Job, sondern mit Leidenschaft verbunden. Und mit wachsender Erfahrung macht der Trockenmauerbau auch immer mehr Spass. Jedenfalls gibt es mir ein gutes Gefühl, Landschaft auf diese Art gestalten zu können, auch wenn ich am Abend meistens todmüde bin. Aber weil ich nur am Montag, Donnerstag und Freitag als Trockenmaurer tätig bin, habe ich dazwischen genügend Zeit, neue Kräfte zu sammeln. Die Arbeit im Freien ist ein idealer Ausgleich zu meinem angestammten Beruf als Bewegungs- und Tanztherapeut, den ich jeweils am Dienstag und Donnerstag am Kantonsspital Glarus ausübe.

In unserem bunt durchmischten und ziemlich internationalen Trockenmaurerteam bin ich der einzige Einheimische. Die Landwirte vor Ort interessieren sich für unser Werk nicht sonderlich. Hauptsache, sie können die Felder links und rechts unserer Trockenmauern weiterhin intensiv bewirtschaften. Gutes Echo erhalten wir hingegen von den Leuten, die hier zufällig vorbeikommen. Sie finden die Trockenmauern am alten Geissenpfad, der heute offiziell auch ein Wanderweg ist, eine Bereicherung und sind begeistert. Schön wäre es, wenn wir unsere Trockenmauern später mit Hecken kombinieren könnten. Das wäre für die Artenvielfalt, vor allem für die Vögel, noch besser.

In meiner Freizeit bin ich meistens in der näheren Umgebung unterwegs, weniger als sportlicher Wanderer, sondern eher als gemütlicher Spaziergänger. Ich fotografiere, beobachte die Natur und mache auch mal ein Lagerfeuer. So kann ich die Landschaft, die für mich viel mehr ist als bloss eine Kulisse, intensiv geniessen. Ich kann darin auftanken und mich körperlich und geistig im Gleichgewicht halten.

Meine Ferien verbringe ich am liebsten in Portugal. Auf meinen Streifzügen in den Kork- und Steineichenwäldern im Alentejo beeindruckt mich immer wieder, wie sehr jede Landschaft ihren eigenen Charakter hat. Leider erlebe ich auch immer wieder, wie rücksichtslos mancherorts mit Landschaft umgegangen wird. Vielen Menschen fehlt offensichtlich das Gespür für die Qualitäten und Schönheiten der Landschaft.»

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Christelle Conne est à la tête de la Cave Champ de Clos, une exploitation transmise de génération en génération depuis le 15e siècle. Diplômée de l’École Suisse de tourisme, elle s’est d’abord consacrée au domaine de l’événementiel pendant une dizaine d’années, avant d’effectuer une reconversion professionnelle. Son vignoble comprend dix hectares situés entre Montreux et Lutry au cœur de Lavaux Patrimoine mondial de l’UNESCO.

«Cela va faire dix ans que j’ai repris l’exploitation de mes parents et je ne me lasse toujours pas du paysage. Nous avons cette chance incroyable d’avoir nos vignes en terrasse en face du lac Léman. J’y suis tous les jours et je trouve l’endroit merveilleux à chaque fois.

Mais ça ne se fait pas tout seul. La beauté du lieu est le résultat d’un effort quotidien. Je passe mon temps à lutter contre les maladies et à essayer de canaliser cette végétation qui part dans tous les sens. Il faut aussi entretenir les murs et les escaliers de pierre, régulièrement réaliser de la maçonnerie et contrôler les systèmes de drainage par exemple. Ma vigne reste avant tout un outil de travail qui me sert à produire du vin, mais je me sens fière de pouvoir contribuer au charme de Lavaux en exerçant mon activité professionnelle.

Cependant, les domaines en terrasse ne sont pas évidents à exploiter et une grande partie du travail doit se faire à la main notamment. Les coûts à l’hectare y sont nettement plus élevés que pour un vignoble plus plat. Malheureusement, nous ne pouvons pas répercuter ces coûts sur le prix des bouteilles de vin. C’est un défi que tous les vignerons de la région vont devoir relever ces prochaines années.

Le paysage de Lavaux reste néanmoins un atout pour mon exploitation. Il attire des touristes qui se disent époustouflés en arrivant. Après l’inscription de Lavaux au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 2007, le nombre de vacanciers d’outre-mer a clairement augmenté. Avant la pandémie, je recevais des cars de plus de cinquante touristes plusieurs fois par semaine, car mon domaine fait partie du circuit touristique de plusieurs tour-opérateurs. Généralement, ils viennent de Berne et repartent rapidement pour Zermatt ou Chamonix. À Chexbres, nous les accueillons pour une visite de la cave et une dégustation de vins. Les ventes de vin par contre n’ont pas significativement augmenté.

Le fait que mon vignoble soit inclus dans le Patrimoine mondial ne me donne pas de contraintes particulières. Nous ne sommes pas considérés comme un territoire naturel, mais plutôt comme un territoire vivant. Les vignes en terrasses ont été construites par l’Homme et l’endroit va probablement se transformer dans le futur. À l’époque de mon grand-père, toutes leurs vignes étaient cultivées en forme de gobelet et il n’y avait pas d’herbe au sol par exemple. Aujourd’hui, le système de taille est différent ; les vignes sont en lignes et les terrains enherbés. Les connaissances technologiques et les méthodes culturales vont pouvoir continuer d’évoluer avec leur temps et ne pas rester figées dans un schéma qui serait complètement dépassé.

Si l’UNESCO ne nous donne pas de contraintes sur les modifications que l’on peut apporter sur notre territoire, nous autres vignerons devons par contre suivre de nombreuses réglementations ; notamment celles édictées par la Confédération sur la culture de la vigne ou le plan d’affectation régional de Lavaux (PAC Lavaux) mis en place suite aux initiatives de M. Franz Weber*. »

cavechampdeclos.ch

microgis.ch/MGonline/PACLavaux

* L’initiative populaire de Franz Weber a obtenu en 1977 la protection du vignoble de Lavaux. Le plan d’affectation cantonal de Lavaux (PAC Lavaux) est la réponse à une nouvelle initiative de 2014 qui voulait réduire les zones à bâtir de Lavaux.

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Lionel Tudisco travaille depuis 2012 pour l’administration de la Ville de Sion, capitale du Valais. Il a été responsable de «AcclimataSion», un projet pilote d’adaptation au changement climatique de la ville, soutenu par la Confédération entre 2014 et 2016.

«J’ai vécu quelques années sur l’arc lémanique, notamment pour réaliser mes études de géographie. Puis j’ai déménagé en Valais, lorsque j’ai été engagé par le Service de l’urbanisme et de la mobilité de la Ville de Sion. En revenant dans mon canton d’origine, j’ai pris conscience du paysage exceptionnel de la région et de son importance pour ses habitants. Je me rappelle qu’à cette période, le plan directeur communal – un document qui fixe les grandes orientations stratégiques de la ville sur les trente ans à venir – mettait en avant les spécificités du paysage sédunois avec un souhait appuyé de les conserver et de les valoriser tout en fixant des limites claires à l’urbanisation pour éviter les problématiques liées à l’étalement urbain. La Municipalité affirmait donc la particularité de Sion, un territoire ‹entre ville et paysage›, ça m’avait interpellé.

De fait, Sion a une identité paysagère très forte. Sa vieille ville date de l’époque médiévale. Avec les récentes fusions de communes de coteau, le territoire de la commune s’étend du centre urbain en fond de vallée jusqu’au montagnes, à 2000 mètres d’altitude. Il comprend par exemple deux coteaux parsemés de vignes ou de forêts, suivant l’exposition, des collines héritées de l’époque glaciaire, des châteaux médiévaux ou encore des lacs. Tout cela forme un paysage très varié, voire hétéroclite, qui concentre pratiquement toutes les problématiques suisses. Pour les spécialistes de l’aménagement du territoire et les urbanistes, c’est un territoire très intéressant à travailler.

Le paysage est pris en compte dans tous nos projets. Nous recevons quotidiennement des demandes de préavis pour de futures constructions. En appliquant notre règlement des constructions, nous devons parfois réaliser une pesée d’intérêts, nous questionner si c’est vraiment le bon endroit pour implanter ce genre d’affectation. Notre but est de tirer parti du paysage pour essayer de structurer le développement de la ville au mieux, tout en permettant aux nouveaux usages et changements en cours comme l’adaptation au changement climatique d’être considérés. Nous devons d’abord établir quelles sont les valeurs d’un territoire, les éléments en danger ou les éléments identitaires à préserver. Il s’agit ensuite de mettre en place des processus pour protéger ou non ces éléments-là. L’idée n’est pas de placer la ville sous cloche, elle doit pouvoir évoluer.

Nous avons d’ailleurs beaucoup travaillé sur la notion de changement perpétuel, notamment en développant avec la SIA une application de réalité augmentée qui montre l’évolution des espaces publics de la Ville de Sion au cours du dernier centenaire. À l’annonce d’une modification, il peut y avoir des réactions fortes et des blocages, car le paysage est hautement lié à l’émotionnel, à l’attachement culturel ou aux souvenirs qu’on en garde. Ces notions psychologiques sont importantes à prendre en compte pour accompagner les démarches de changement.

Dans le cadre d’‹AcclimataSion›, nous avons notamment développé des guides pédagogiques destinés à la population. Ils expliquent pourquoi il est essentiel d’apporter de la nature et du soin aux aménagements extérieurs dans les projets de transformation ou de conception d’un bâtiment. Pour moi, une des missions des collectivités publiques consiste à faire prendre conscience aux acteurs de la construction de leur responsabilité à l’égard du paysage et de ses valeurs naturelles et culturelles. Il n’y a pas seulement la ville qui soit responsable de créer des projets de qualité, les privés aussi ont un rôle à jouer, ce sont surtout eux qui font la ville.»

sion.ch/acclimatasion

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Les opportunités de l’agriculture urbaine

L’«agriculture urbaine» est un phénomène vaste et diversifié qui va bien au-delà du jardinage de balcon et des toits cultivés. Elle inclut non seulement des projets innovants et de nouveaux modèles d’«urban gardening», mais aussi des exploitations agricoles qui ont misé sur les avantages de la proximité avec la ville et ont développé de nouveaux modèles d’affaires. Une publication en ligne d’AGRIDEA traite des opportunités de l’agriculture urbaine en présentant divers exemples et propose des informations de fond ainsi que des conseils et des astuces pour le développement de projets individuels.

agripedia.ch/agriculture-et-ville

«L’attractivité du paysage est le fondement du tourisme.»

Pirmin Schilliger & Urs Steiger

Les nombreux paysages uniques de Suisse constituent depuis bientôt 250 ans son véritable capital touristique et la principale base existentielle de nombreuses régions rurales. Mais le paysage est aussi un facteur important pour des villes comme Lucerne. Comment continuer à mettre en valeur ces paysages uniques dans le cadre du développement régional tout en renforçant leurs qualités propres? Cette question a été débattue par Dominique Weissen Abgottspon, directrice du Réseau des parcs suisses, Marie-France Roth Pasquier, conseillère nationale, conseillère communale à Bulle (FR) et présidente de l’agglomération Mobul, ainsi que Jürg Schmid, ancien directeur de Suisse Tourisme, président de Graubünden Ferien et associé d’une agence de marketing et de communication.

regioS: Dans de nombreuses régions de Suisse, la mise en valeur et l’utilisation du paysage sont un facteur décisif pour le développement régional. La question qui se pose est la suivante: sommes-nous vraiment sur la bonne voie avec la Nouvelle politique régionale (NPR) et d’autres instruments de promotion du développement régional dans le sens d’une utilisation durable du paysage?

Dominique Weissen Abgottspon: Le paysage est le potentiel, mais aussi l’atout que les régions rurales et de montagne ont en main. En principe, je trouve correcte l’approche consistant à parler volontairement de mise en valeur du paysage. Elle contribue à ce que le paysage soit réellement apprécié et traité avec soin. Avec l’instrument des parcs suisses, nous avons certainement pris un bon chemin dans cette direction.

Dans quelle mesure?

Dominique Weissen Abgottspon: Les parcs s’engagent à préserver et à revaloriser le paysage. Ils pratiquent une promotion économique durable et un tourisme proche de la nature.

Où se situent les limites de la mise en valeur?

Dominique Weissen Abgottspon: Des conflits d’objectifs peuvent apparaître lorsque nous promouvons le tourisme dans un paysage intact, par exemple en cas de construction d’infrastructures. Souvent, il n’est pas facile non plus de générer de la valeur ajoutée. Une forte affluence de visiteurs à elle seule n’est guère utile aux régions. Il faut aussi de bonnes offres – surtout dans la restauration et l’hébergement – et des produits régionaux que l’on puisse acheter.

Monsieur Schmid, où voyez-vous encore un potentiel pour mettre en valeur le paysage sans affecter sa protection?

Jürg Schmid: La protection tant du paysage que de la nature est une nécessité stratégique du tourisme, même si de nombreux/ses spécialistes du tourisme ne l’envisagent peut-être pas encore ainsi. Le fondement sur lequel repose le tourisme suisse est l’attractivité du paysage. Personne ne vient dans nos régions de montagne à cause de pentes recouvertes de bâtiments de haute valeur architecturale. Le pôle d’attraction est le paysage. Sa protection est donc cruciale pour le tourisme. Quant à savoir s’il existe encore une marge de manœuvre pour mettre le paysage en valeur, la réponse est oui ! Je suis un grand fan des parcs, mais je suis aussi un peu critique sur certains aspects. La nature et le paysage apportent beaucoup, mais ne créent aucune valeur ajoutée touristique directe. Ce sont toujours les produits dérivés – hôtels, restaurants ou tours guidés – qui apportent des emplois et de la valeur ajoutée aux régions périphériques. Ce qui me manque un peu dans ce domaine, c’est l’innovation. Il me manque aussi la coopération, la collaboration étroite et la mise en réseau, spécialement dans le domaine de l’organisation moderne de l’expérience. Comment est-ce que je transforme un beau paysage en une expérience touristique? Cette question recèle encore un énorme potentiel et il existe encore nombre de possibilités et de moyens que l’on pourrait valoriser.

Partagez-vous ce point de vue, Madame Weissen? Trop peu de collaboration et trop peu d’expériences dans les parcs?

Dominique Weissen Abgottspon: Je trouve au contraire que la bonne collaboration est une force énorme des parcs. À de nombreux endroits, l’agriculture et le tourisme collaborent de façon exemplaire avec les organisations des parcs. La mise en œuvre des projets est intercommunale et intersectorielle. C’est formidable que le parc rénove une voie de communication historique en harmonie avec la nature et l’environnement, incorpore des expériences dans ce paysage et coordonne le tout avec le marketing touristique. La diversité des expériences est aussi incroyable dans la plupart des parcs. J’observe également nombre de nouveaux projets innovants, depuis le tour en famille de ferme en ferme avec des chevaux franches-montagnes dans le Jura jusqu’à la chasse au trésor culinaire «Savurando», proposée maintenant dans quelques parcs. Le plaisir de contempler la nature s’y combine avec une expérience particulière, avec la santé et la détente. Je vois déjà nombre de très bons exemples dans les parcs, mais il y a naturellement toujours une marge de progression.

Dominique Weissen Abgottspon © regiosuisse

Jürg Schmid: Je conviens tout à fait qu’il existe de très nombreux bons exemples. Mais il y a encore un potentiel de progression considérable. Dans le cadre de notre étude1  pour le compte de l’OFEV, nous avons interrogé tous les parcs et toutes les destinations touristiques de leur voisinage. Les faits sont clairs: la mise en réseau ne se déroule pas encore de manière idéale. Au sujet du Parc Ela par exemple, on ne trouve pas encore suffisamment d’informations substantielles sur les nombreux sites Internet des organisations touristiques des environs. Mais je suis d’accord avec Dominique Weissen: les parcs sont le fondement d’un tourisme porteur d’avenir; ils ont un grand avenir devant eux, car l’écotourisme en tant que forme douce d’accès à la nature est l’un des tout grands domaines de croissance.

Où voyez-vous concrètement le plus grand potentiel d’amélioration, Monsieur Schmid?

Jürg Schmid: Il y a encore beaucoup trop peu de tours individualisés qui créent un accès personnel à l’expérience. Il en existe pourtant de bons exemples: la recherche de cristaux avec Ewald Gorsat dans la vallée de Binn ou les nombreuses offres formidables du val Müstair. Nous constatons en outre que les spécialistes du paysage ont très peur du contact avec le marché du voyage haut de gamme. Tout ce qui paraît cher suscite la défiance. Si on mentionne encore le mot «luxe», on effraie littéralement les gens. Or le segment du luxe est le plus grand marché de croissance et la Suisse a toute sa place dans ce marché haut de gamme. La clientèle de luxe s’intéresse beaucoup à l’écotourisme. L’inverse n’est pas forcément vrai. Il existe donc des segments entiers auxquels les parcs ne s’adressent pas encore vraiment et que nous devrions absolument promouvoir – y compris en faveur d’une acceptation plus large des parcs et de la protection du paysage.

La mise en réseau est une question centrale, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des parcs. Madame Roth, vous vivez à Bulle (FR), soit directement en bordure du grand Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut. En tant qu’agglomération, quelle relation avez-vous avec ce parc? Comment fonctionnent les échanges?

Marie-France Roth Pasquier: En fait, la particularité de notre agglomération est de se situer à deux pas de la nature. Notre région est très verte et très touristique, mais son développement est celui d’une ville et de son agglomération. Cela tient notamment au fait que nous ne nous trouvons pas directement dans le périmètre du Parc. Notre région touristique profite certes du Parc, mais en Gruyère même celui-ci n’est pas un site touristique. Cela paraît un peu contradictoire, mais il se trouve que les touristes ne visitent pas la région en priorité pour son Parc. Ils y viennent pour la cité de Gruyères, le fromage et la chocolaterie Cailler. Ce n’est donc pas le Parc qui attire la majeure partie des touristes. En outre, les touristes qui visitent le Parc et y font des vacances ne sont pas les mêmes que ceux qui visitent la chocolaterie et la cité de Gruyères. Néanmoins, la région et l’agglomération tirent globalement profit du Parc.

Marie-France Roth Pasquier © regiosuisse

Quelle est l’importance de la qualité du paysage pour l’agglomération? Cette qualité explique-t-elle la forte croissance récente de Bulle et de la Gruyère?

Marie-France Roth Pasquier: C’est grâce à la qualité de notre paysage que nous pouvons offrir une qualité de vie élevée. Nous attirons ainsi de nombreuses entreprises, et de nombreux citadins souhaitent habiter dans notre agglomération verte. Notre plan d’agglomération, qui remonte à 2007, attache la plus grande importance à la protection de la nature. Il a en tout cas empêché dans notre région le mitage qui accompagne la croissance à de nombreux autres endroits. Notre agglomération a bien sûr l’avantage d’être toute petite. Le plan directeur régional veille à la préservation de la nature sous le label «La Gruyère – verte et urbaine». Nous souhaitons donc conserver et protéger notre paysage vert, mais aussi nous développer économiquement et continuer à attirer des visiteurs. Tous ces objectifs ne sont pas forcément en conflit, mais requièrent beaucoup de travail et de doigté pour établir un équilibre entre la protection du paysage et le développement économique urbain.

L’agglomération a-t-elle des projets concrets pour protéger le paysage?

Marie-France Roth Pasquier: Avec le projet d’agglomération de quatrième génération, nous voulons protéger et étendre nos espaces verts existants. Nous voulons également étendre et interconnecter les trames vertes. La ville de Bulle a en outre rejoint le programme Ville verte.

Comment échangent l’agglomération et le Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut?

Marie-France Roth Pasquier: De notre côté, il y a très peu d’échanges, à vrai dire quasiment aucun. Nous nous connaissons certes l’un l’autre, mais n’avons encore jamais collaboré, bien que le Parc soit intégré dans la planification régionale.

Qu’en est-il pour les parcs suisses en général? Y a-t-il au moins des échanges d’expériences entre les parcs et les agglomérations?

Dominique Weissen Abgottspon: Dans le Haut-Valais, l’urbain et le rural sont très bien reliés. Des enquêtes ont par exemple montré que de nombreux visiteurs du Parc paysager de la vallée de Binn viennent de tout près: de Brigue et de Viège. Les bénéfices sont donc mutuels. Mais je ne connais pas de coopération institutionnalisée entre agglomérations et parcs.

Une collaboration plus étroite serait aussi nécessaire entre les parcs et les organisations touristiques des environs. Qui devrait faire le premier pas?

Jürg Schmid: Les deux parties doivent aller à la rencontre l’une de l’autre. Il y a un potentiel de progression des deux côtés. Il est rare que les parcs soient nés du tourisme. Ils ont d’autres racines et leur interconnexion avec le tourisme n’est donc souvent pas optimale – bien qu’ils reflètent l’une des tendances touristiques les plus importantes au monde: le désir de nature, de paysage et de cheminement doux dans ce paysage. Nombre de gens pensent que c’est un tourisme à budget réduit. Or il s’agit de l’un des segments de croissance les plus importants dans les hôtels quatre ou cinq étoiles. Le tourisme proche de la nature intéresse toutes les catégories de consommateurs. L’interconnexion entre les parcs et les organisations touristiques est nécessaire pour que la mise en valeur soit optimale.

Jürg Schmid © regiosuisse

Tout cela se résume-t-il à une question de meilleure organisation si l’on veut exploiter le potentiel sans lui nuire? Ou y a-t-il aussi des questions de régulation?

Dominique Weissen Abgottspon: Les parcs sont jeunes. Ils n’existent que depuis une dizaine d’années. Lorsqu’ils se sont lancés, la relation avec les institutions touristiques traditionnelles n’était pas encore clarifiée. Les tentatives de rapprochement ont maintenant atteint des niveaux variables: dans certains parcs, il y a des domaines clairement délimités et une collaboration intensive avec le tourisme, souvent sur la base de contrats de prestations. Puis il y a des parcs pour lesquels la collaboration ne fonctionne pas de manière optimale. Ils ne peuvent donc pas exploiter les potentiels de synergies. Mais actuellement, on cultive probablement dans la majorité des cas une bonne collaboration entre parcs et organisations touristiques.

Devons-nous entreprendre des démarches supplémentaires afin d’utiliser le paysage pour le développement régional?

Jürg Schmid: Le développement du savoir est très important. Le savoir relatif aux demandes des spécialistes du paysage est insuffisant dans le tourisme. Les programmes de formation des écoles de tourisme n’abordent encore guère cette question. Les spécialistes du tourisme doivent fortement développer leurs connaissances sur ces nouvelles formes touristiques. De l’autre côté, les spécialistes du paysage doivent aussi développer une compétence touristique – et les parcs n’en sont qu’un aspect –, surtout en ce qui concerne l’organisation et la communication d’expériences. Ceci requiert davantage que la seule intuition. Il faut des connaissances solides et savoir construire une dramaturgie touristique. Nous avons également des potentiels inexploités dans la communication, dans la mise en réseau numérique et dans les synergies résultant d’une meilleure coopération. La mentalité de concurrence, qui existe malheureusement encore trop souvent, a fait son temps.

Quelle contribution le développement régional peut-il apporter non seulement pour intégrer le paysage au sens touristique, mais aussi pour développer ses qualités intrinsèques?

Dominique Weissen Abgottspon: Il est important que le développement régional se réfère vraiment au paysage. L’agriculture joue un rôle très important à cet égard. Il est important de penser à long terme pour toutes les décisions qui concernent le paysage. Le paysage est le capital, et ce qui est détruit un jour ne sera plus à la disposition de la génération suivante.

Marie-France Roth Pasquier: J’aimerais évoquer les nombreuses fermes traditionnelles de la Gruyère. Elles constituent une attraction touristique importante, mais les moyens nécessaires pour les préserver et les rénover font souvent défaut. Dans le cadre de la planification régionale, nous avons dû énoncer clairement que le patrimoine culturel et architectural joue un rôle primordial si nous souhaitons mettre le paysage en valeur dans notre région. La rénovation des fermes est aussi un bon moyen de maintenir vivants les villages qui n’ont pas de réserve de terrains à bâtir.

Jürg Schmid: La nature et le paysage constituent depuis environ 250 ans le fondement sur lequel le tourisme croît et prospère. Les paysages sont les premières attractions touristiques. Le tourisme a très souvent peur de la protection parce qu’il craint que son développement soit freiné. Sur ce point, il doit encore vraiment suivre une courbe d’apprentissage et apporter sa contri­bution en promouvant la protection. Jusqu’à présent, la croissance du tourisme hivernal était très centrée sur les remontées mécaniques et le ski. Mais la réalité est que les formes touristiques plus douces croissent aujourd’hui plus vite, surtout la randonnée hivernale. Le tourisme doit donc aussi repérer où vont les tendances et donc promouvoir et mettre davantage en lumière les formes plus douces. Il devrait prendre fait et cause pour les parcs, mais il peut aussi exiger quelque chose de leur part.

parks.swiss

mobul.ch

1 Chance Landschaft – eine touristische Potenzial­betrachtung (im Auftrag des BAFU). Chantal Cartier, Jürg Schmid – Schmid Pelli und Partner AG. Zürich, 2021.

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