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Bellinzona e Valli: une région attractive pour les PME et le tourisme doux

La région de Bellinzona e Valli (Bellinzone et Vallées) frappe de par sa diversité: elle va en effet des centres urbains aux zones de montagne isolées. Bellinzone en est le centre régional, tandis que Biasca joue un rôle important pour la Riviera, la Léventine et la Vallée de Blenio, deux vallées qui ont élaboré une stratégie commune afin de valoriser leurs spécificités et leur potentiel de développement économique. 

Cette deuxième partie de la série d’articles consacrés à la diversité des régions reprend un entretien avec Manuel Cereda, directeur de l’Agence de développement pour la région de Bellinzone et Vallées (ERS BV). L’agence, qui est le premier interlocuteur des communes pour les questions de développement économique, met en œuvre depuis sa création la stratégie de développement régional.

regiosuisse:  Le monitoring des régions montre que, dans la région de Bellinzone et Vallées, ce sont principalement les petites et moyennes entreprises (PME) qui créent des emplois. Les communes rurales et les centres n’accueillent pratiquement que des entreprises de ce type. Quels sont donc les facteurs de localisation qui expliquent cette situation? Et pourquoi les rares grandes entreprises de la région sont-elles implantées à Bellinzone? 

Manuel Cereda: La structure économique de la région de Bellinzone et Vallées a toujours connu une forte concentration de PME. On observe également depuis quelques années un intérêt croissant pour la région de la part d’entreprises du reste de la Suisse et d’Europe. Nous offrons des terrains industriels et commerciaux, une main-d’œuvre qualifiée et une qualité de vie élevée. Les conditions-cadres économiques de la région, en particulier l’encouragement de l’innovation par le Service de la promotion économique du canton du Tessin, constituent également un facteur décisif. 

Bellinzone est un site particulièrement intéressant pour les grandes entreprises, car la ville occupe une position centrale sur l’axe nord-sud; elle bénéficie par ailleurs d’une bonne desserte par les transports et d’une mobilité de qualité. Ce sont là des facteurs importants qui viennent s’ajouter à son attractivité. Parmi les autres facteurs, je mentionnerai la qualité de vie élevée, des coûts compétitifs par rapport à d’autres pôles économiques suisses, ainsi qu’un environnement propice à l’innovation et au développement économique. L’attractivité de ce site s’en trouve encore renforcée par la proximité avec des établissements de formation, de recherche et d’innovation de premier plan.

regiosuisse: L’emploi à Bellinzone et à Arbedo-Castione, ainsi que dans les zones rurales environnantes, a fortement augmenté ces dix dernières années. Les communes de la région semblent ainsi bénéficier de leur proximité avec Bellinzone. Selon vous, quels sont les facteurs et les conditions d’implantation à l’origine de cette évolution?

Manuel Cereda: La dynamique de développement socio-économique qui caractérise Bellinzone a également un impact positif à plus grande échelle. L’attractivité du centre régional qu’est Bellinzone profite également aux centres ruraux et aux banlieues voisines. Par attractivité, nous entendons par exemple la situation stratégique et les conditions-cadres favorables au développement d’entreprises. Cet effet d’entraînement n’est toutefois pas automatique. Notre rôle d’agence de développement régional consiste aussi à encourager les milieux concernés à penser au-delà des frontières des communes et de la région.

regiosuisse: Le monitoring des régions montre que la restauration et l’hébergement jouent un rôle important dans la création de valeur touristique dans les zones rurales de la région. Pourquoi?

Manuel Cereda: Grâce à sa position centrale sur l’axe nord-sud, la haute Léventine est facilement accessible. Ses attractions touristiques, telles qu’Airolo-Pesciüm, le lac de Tremorgio et la région de Ritom-Piora, attirent des touristes venus de Suisse et de l’étranger. Avec pour corollaire la création d’emplois dans le secteur du tourisme.

La tendance au tourisme doux favorise en outre le développement de nouvelles offres dans cette région. La haute Léventine exploite son potentiel en valorisant davantage ses ressources naturelles, paysagères et culturelles; elle renforce également la collaboration entre les acteurs locaux. La Vallée de Blenio, bien desservie elle aussi, a également mis en œuvre d’importants projets touristiques ces dernières années. D’autres projets sont prévus pour le futur, projets qui devraient permettre d’étoffer encore l’offre touristique régionale. 

Cela ne signifie toutefois pas que le tourisme joue un rôle secondaire dans le reste de la région. Bellinzone et ses environs disposent en effet eux aussi de conditions idéales pour développer leur propre offre touristique, qui vient compléter celles des vallées. La forteresse de Bellinzone contribue par exemple à positionner la ville comme une destination à part entière et unique, aux côtés des localités réputées situées au bord des lacs tessinois (comme Locarno, Lugano ou Ascona).

Le monitoring des régions mis en place par regiosuisse analyse l’évolution des régions dans cinq domaines thématiques: population et bien-être, marché du travail et emploi, structures et capacités économiques, économie et infrastructure, ainsi que numérisation. L’outil d’analyse interactif permet d’évaluer différents indicateurs par région. Il propose également des analyses thématiques qui synthétisent les conclusions à ce sujet.

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Source Photo: Castelgrande © parisiva.ch

L’Aide à la montagne offre un avenir

La Nouvelle politique régionale (NPR) et l’Aide suisse à la montagne poursuivent le même objectif: soutenir économiquement les régions structurellement faibles, favoriser l’innovation et préserver l’emploi. Tandis que la NPR ne soutient que des projets interentreprises, le soutien de l’Aide suisse à la montagne s’adresse aux petites et microentreprises, aux coopératives ou aux associations privées. Dans la présente tribune, Martin Abderhalden, de l’Aide suisse à la montagne, expose ses critères d’éligibilité. 

La population suisse des régions de montagne est innovante et prend son avenir en main. Cependant, elle manque parfois de moyens financiers pour concrétiser des projets importants. C’est ici qu’intervient l’Aide suisse à la montagne. Cette dernière constitue une fondation financée par des dons, dont le but est de préserver et de créer des emplois dans les régions de montagne suisses. Ce faisant, elle contribue de façon significative à pérenniser la viabilité économique des régions de montagne et à offrir des perspectives durables à leur population.

Le soutien de l’Aide suisse à la montagne s’adresse aux petites et microentreprises, aux coopératives et aux associations du secteur privé opérant dans les régions de montagne. Sont encouragés les investissements dans plusieurs domaines pertinents pour le développement régional. Il s’agit notamment de l’agriculture et de la transformation agricole, du tourisme et de la restauration, des arts et métiers et des entreprises de production – y compris la transformation du bois – , mais également des magasins de village et des crèches, qui assument un rôle clé en matière d’attractivité et d’approvisionnement de base des communes de montagne.

L’encouragement de l’Aide suisse à la montagne se fonde sur deux principes fondamentaux: la nécessité financière et le financement des coûts restants. Ce dernier implique que la responsabilité principale du financement d’un investissement incombe au porteur de projet. Après l’apport d’une contribution propre adéquate – sous forme de fonds propres et de travail personnel – et suite à l’épuisement des options de financement externe raisonnables (p. ex. aides publiques à l’investissement et prêts bancaires), l’Aide suisse à la montagne évalue s’il subsiste une lacune de financement. 

Grâce à ce soutien ciblé, l’Aide suisse à la montagne concrétise des investissements déterminants pour le développement économique d’exploitations spécifiques et, par conséquent, de régions entières.

Points communs et différences: critères d’éligibilité de la Nouvelle politique régionale et de l’Aide suisse à la montagne

Aussi bien l’Aide suisse à la montagne que la Nouvelle politique régionale (NPR) soutiennent des projets dans les régions de montagne suisses. Toutes deux ont pour objectif de promouvoir le développement économique dans les régions de montagne. 

Il existe cependant des différences essentielles: ainsi, la NPR intervient également dans les espaces ruraux et les zones frontalières et soutient exclusivement des projets interentreprises ainsi que l’élaboration de stratégies de développement régionales. La NPR encourage la collaboration entre institutions publiques et privées, tandis que l’Aide suisse à la montagne exclut les institutions publiques, notamment les communes, en tant que porteurs de projets. En revanche, l’Aide suisse à la montagne permet également aux microentreprises et aux associations privées de bénéficier d’un soutien. L’Aide suisse à la montagne octroie exclusivement des contributions à fonds perdu, tandis que la NPR accorde également des prêts. L’Aide suisse à la montagne, financée par des dons, et la NPR, financée par l’État, se complètent à merveille – et toutes deux renforcent le potentiel économique des régions de montagne. 

L’Aide suisse à la montagne: une «facilitatrice»

L’Aide suisse à la montagne fait office de «facilitatrice». Elle intervient là où, malgré un financement méticuleux, les coûts d’investissement ne peuvent pas être intégralement couverts. Elle opère à titre secondaire, en complément des sources de financement primaires, et comble de façon ciblée la lacune de financement restante.

L’Aide suisse à la montagne accorde des contributions à fonds perdu qui ne doivent pas être remboursées. Elle soutient ainsi des projets d’investissement concrets de petites et microentreprises qui, en raison de leur taille ou de leur emplacement, n’ont que difficilement accès aux instruments de financement conventionnels. Outre les instruments publics de la politique régionale, l’Aide suisse à la montagne apporte ainsi une contribution directe et efficace au développement économique durable des régions de montagne.

Notamment à Prato Sornico. L’Aide suisse à la montagne y a permis la numérisation de la boutique du village. Dans les faits, la Botega da la Lavizzara pourrait désormais se passer de tout contact personnel: système de fermeture automatique avec code QR, scanner, caisse en libre-service et surveillance vidéo. Mais aujourd’hui, une fois de plus, le petit local au rez-de-chaussée de la jolie maison rose ressemble davantage à une assemblée de village qu’à une supérette en libre-service. Deux artisans boivent un café et discutent avec Astrid Lorenzetti, qui remplit des rayons dans la foulée. À l’entrée, Laura Poncia est assise devant son ordinateur portable et s’occupe de la comptabilité. Quant à Tanja Scolla, elle est passée avec sa jeune fille Mia. Des gens entrent régulièrement, achètent quelque chose, se joignent à la discussion, puis s’en vont. «Cela aurait été dommage de perdre ce lieu de rencontre, non?», demande Astrid.

Pendant quelques mois, le val Lavizzara – soit la partie supérieure de la Vallemaggia – ne comptait plus aucun magasin. Les gérants avaient pris leur retraite et il n’y avait personne pour assurer la relève. «C’est impossible», s’est dit Astrid et en a parlé à toutes ses connaissances. Tout le monde était d’accord: il fallait intervenir. En créant une coopérative, par exemple. «À un moment donné, j’ai réalisé que les paroles ne suffisaient plus et j’ai convaincu Laura et Tanja de participer», explique Astrid. C’est en date de la Journée internationale des femmes, à point nommé, que les trois ont ainsi fondé leur coopérative villageoise.

Transformer les déchets en ressources – comment RASOL renforce les chaînes de valeur régionales

Ce qui est aujourd’hui considéré comme un déchet peut devenir une ressource stratégique. Le projet RASOL dans la région de La Chaux-de-Fonds, illustre concrètement cette transformation. Soutenu dans le cadre du programme Interreg France-Suisse, il explore une nouvelle manière de recycler des métaux à haute valeur ajoutée en s’appuyant uniquement sur l’énergie solaire.

À l’origine du projet du côté suisse, Raphaël Broye, fondateur de Panatere, porte une vision à la fois industrielle et environnementale:

«Ce qui me passionne, c’est d’aller capter la lumière et d’en faire quelque chose – de la chaleur – et, en plus, de faire renaître des matériaux qu’on jetait à la poubelle».

Le cœur technologique de RASOL repose sur un réacteur de fusion à atmosphère contrôlée, intégré dans un four solaire qui n’utilise aucune autre source d’énergie que le rayonnement solaire. Ce dispositif permet de fondre et purifier des métaux recyclés afin de produire notamment de l’acier 1.4441, utilisé dans des secteurs exigeants comme l’horlogerie, le médical ou l’aérospatial.

«Nous jetons énormément de déchets métalliques dans la région. L’objectif est de pouvoir trier et valoriser ces matières localement», explique Raphaël Broye. Ces déchets proviennent notamment de produits complexes, comme les appareils électroniques composés de nombreux métaux difficiles à séparer, ainsi que de chutes de production industrielle souvent mélangées pour des raisons économiques, ce qui limite leur recyclage.
L’ambition est claire: transformer des déchets industriels en ressources réutilisables, tout en répondant aux standards élevés des industries microtechniques. Le projet vise également à optimiser les paramètres du processus afin de garantir une qualité constante des alliages. Grâce à l’utilisation de l’énergie solaire, l’empreinte carbone du procédé pourrait être réduite jusqu’à 165 fois par rapport aux solutions conventionnelles.

Une coopération transfrontalière structurante

RASOL s’inscrit dans une dynamique de collaboration entre acteurs suisses et français issus de la recherche et de l’industrie. Cette coopération a été rendue possible par le programme européen Interreg, qui favorise les projets transfrontaliers. Dans ce cadre, chaque partenaire apporte une compétence spécifique. Tandis que l’entreprise suisse Panatere s’occupe de toute la filière recyclage, Socrate Industrie, entreprise française spécialisée dans la fabrication de machines, joue un rôle central dans la concrétisation technique du projet en développant et construisant les machines de process nécessaires à la mise en œuvre du procédé.

Pour son fondateur, Christian Petit, l’enjeu est de traduire une idée en solution industrielle:« Le recyclage au travers du soleil est quelque chose d’intéressant qui pourra à terme se généraliser. Notre motivation, c’est d’aboutir à des applications industrielles concrètes, en lien avec l’écologie. » Le projet illustre justement la complémentarité entre les partenaires: conception, modélisation, fabrication et validation industrielle s’articulent dans une logique commune.

Norman Quadroni, chef de projets de la Coordination régionale Interreg/ Arcjurassien souligne le rôle du programme:

«Interreg agit comme un effet levier pour la France et pour la Suisse. Travailler ensemble permet de répondre à des défis communs, notamment en matière d’environnement et d’emploi».

Les cantons de Neuchâtel et du Jura ont notamment contribué au cofinancement du projet, renforçant son ancrage régional.

Concrètement, Interreg a permis de structurer le partenariat, de réunir des compétences complémentaires – de la recherche à l’ingénierie – et de franchir une étape décisive entre modélisation et réalisation. Au-delà du financement, INTERREG permet surtout de structurer des collaborations. « Ce réseau nous a permis de créer un collectif et d’aller chercher des compétences complémentaires », explique Raphaël Broye». Cette capacité à relier les acteurs est déterminante pour transformer une idée en solution opérationnelle.

Un projet en phase avec la Nouvelle politique régionale

Si Interreg agit comme catalyseur de coopération transfrontalière, la Nouvelle politique régionale (NPR) en Suisse, dans le cadre duquel s’inscrit la participation de la Suisse à Interreg, joue un rôle complémentaire en soutenant le développement économique durable des régions rurales en Suisse. Elle soutient des projets qui renforcent l’innovation, la création de valeur et la résilience économique dans les régions. RASOL s’inscrit pleinement dans cette logique. Le projet vise à développer une filière locale de recyclage de l’acier ne nécessitant pas d’apport de matière première vierge. À terme, il pourrait faciliter l’approvisionnement des PME régionales – notamment dans les secteurs horloger, dentaire, médical et aérospatial – tout en améliorant leur compétitivité.

Ainsi, là où Interreg permet de connecter les acteurs au-delà des frontières et de lancer des projets collaboratifs, la NPR contribue à leur ancrage durable dans les tissus économiques régionaux. Dans un contexte de tensions croissantes sur les matières premières et l’énergie, une telle chaîne de valeur contribue à renforcer l’autonomie et la robustesse des écosystèmes industriels régionaux.

Des perspectives à l’échelle européenne

Au-delà de son ancrage local, RASOL ouvre des perspectives plus larges. «La vision, c’est de dupliquer le modèle dans différents clusters en Europe et de devenir une référence dans la fonte solaire pour le recyclage des métaux stratégiques», explique Raphaël Broye. Un potentiel qui concerne de nombreuses régions confrontées à des enjeux similaires: «On peut être utile à d’autres territoires, comme la Watch Valley, où des centaines d’entreprises cherchent des solutions collectives.»

Ce projet montre ainsi comment une initiative régionale, portée par des acteurs engagés et soutenue par des instruments comme Interreg et la Nouvelle politique régionale, peut déboucher sur des solutions concrètes – avec un impact qui dépasse largement son territoire d’origine.

Au WERKPARK, les idées prennent forme – un espace dédié à l’artisanat, à la technologie, à la formation, à l’art et à la culture

Au WERKPARK, des personnes issues de différents horizons se rencontrent: des apprentis côtoient des entrepreneurs, des acteurs culturels des ingénieurs, des designers des retraités et des étudiants côtoient des artisans. Cette diversité fait du WERKPARK un lieu unique de rencontre, de collaboration et de nouvelles idées.
C’est ici que naissent des projets, que se partagent les connaissances et que l’apprentissage occupe une place centrale, des premières expériences créatives aux innovations commercialisables. Sur plus de 1 000 mètres carrés dotés d’une infrastructure moderne, dans un environnement inspirant et soutenu par une communauté active, un espace dédié à la créativité, à l’éducation et au développement durable voit ici le jour, donnant la possibilité d’élargir ses compétences et d’essayer de nouvelles technologies.

Lors de la journée portes ouvertes du 15 novembre 2025, environ 300 personnes ont pu découvrir les infrastructures des différents ateliers. Celles-ci ont été très impressionnées par la diversité des possibilités offertes, que ce soit dans l’atelier de menuiserie ou de métallurgie, dans l’atelier de textile ou d’orfèvrerie, ou dans le domaine numérique avec des fraiseuses CNC, des imprimantes 3D et des appareils laser de différentes classes, puissances et tailles. Outre une salle de séminaire bien équipée, on y trouve également un studio de podcast, très fréquenté notamment par les jeunes.

Chaque semaine, le WERKPARK est actuellement utilisé par une centaine d’élèves des écoles secondaires environnantes pour des cours de conception technique. Outre les projets individuels, l’orientation professionnelle joue également un rôle central, ce qui contribue de manière importante à garantir la disponibilité de main-d’œuvre qualifiée dans la région.

Outre les artisans qui utilisent ici des machines et des infrastructures qu’ils n’ont pas besoin d’acheter eux-mêmes, le WERKPARK est également un lieu très apprécié pour les conférences et les formations continues de diverses entreprises, institutions et associations. Les apports théoriques sont complétés par des exercices pratiques et des applications concrètes. Des coachs expérimentés sont également heureux de transmettre leurs connaissances.

Le WERKPARK est d’ores et déjà un point de contact important pour les étudiants, qu’il s’agisse d’étudiants en architecture de l’ETH Zurich, qui construisent ici leurs maquettes à l’aide d’appareils laser performants, ou des participants au programme de résidence des entreprises textiles de Suisse orientale.

«Lors d’une résidence TaDA, l’envie d’expérimenter et l’innovation sont au centre de l’attention. Les résidents testent leurs idées et leurs concepts directement dans la pratique. La collaboration avec le WERKPARK offre des conditions idéales, car celui-ci met à disposition des appareils et des techniques spécialisés auxquels nous n’avons pas accès en temps normal. L’ouverture d’esprit et la flexibilité sont essentielles pour de tels processus.

De plus, en collaboration avec le WERKPARK, l’imprimerie textile Arbon, partenaire de TaDA, et le Center Rog à Ljubljana, nous avons pu organiser un premier atelier public axé sur la pratique, intitulé «Starterkit Nähen und Siebdruck» (Kit de démarrage pour la couture et la sérigraphie). De telles coopérations créent un espace pour la nouveauté et ouvrent des possibilités inspirantes.»

Marianne Burki, directrice de TaDA (Textile and Design Alliance), historienne de l’art et de l’architecture

Contribution au développement régional

Le WERKPARK a un impact qui va au-delà de l’utilisation de l’atelier: il renforce les réseaux régionaux, favorise le transfert de connaissances entre l’éducation, l’économie et la culture et augmente l’attractivité de la région d’Appenzell. Le partage des ressources et la mise en commun des compétences créent de la valeur ajoutée régionale, non pas par la délocalisation, mais par la coopération locale.

Perspectives: du projet à l’infrastructure régionale

La mise en place d’un programme varié de cours et de formations continues bat son plein au WERKPARK. Il se développe ainsi de plus en plus comme une plateforme de qualification, d’innovation et de coopération, tant pour les loisirs que pour les formations continues approfondies destinées aux professionnels, aux entreprises et aux établissements d’enseignement de la région.

Cependant, avec l’utilisation croissante, l’infrastructure existante atteint ses limites en termes d’espace. La prochaine étape de développement prévoit donc l’extension d’un deuxième niveau. Celui-ci permettra de créer des zones de travail et d’apprentissage supplémentaires plus calmes et de mieux coordonner les utilisations parallèles telles que les cours, les ateliers, les projets et le coaching. En complément, une infrastructure de restauration simple est prévue afin de soutenir de manière judicieuse les journées de cours et d’événements plus longues.

Planification du 2e niveau avec cabines

À long terme, le WERKPARK se positionne ainsi comme une infrastructure permanente de développement régional: un lieu où les idées naissent, les talents sont encouragés et de nouvelles formes de coopération dans les zones rurales peuvent être testées – ensemble, de manière pratique et tournée vers l’avenir.

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Podcast: «graubünden nachhaltig»

Le projet NPR «Programm graubünden nachhaltig» («Grisons durables») a pour objectif de développer durablement la marque «Grisons» et son réseau régional. Une vingtaine de partenaires émanant de différents secteurs échangent leurs idées dans le cadre de ce programme qui vise à promouvoir le développement durable de la région. Nos invités Tanja Jacobson, Marc Kollegger et Michael Caflisch expliquent de quoi il retourne et comment se déroule la collaboration entre les différents partenaires.

Faire des Grisons une région durable

«La marque Graubünden («Grisons») se veut être un acteur du changement. Le projet NPR «Programm graubünden nachhaltig» («Grisons durables») crée les conditions-cadres permettant un développement commun des partenaires de ladite marque», explique Tanja Jacobson, Responsable de programme «graubünden nachhaltig». L’objectif est de développer les Grisons dans les trois dimensions de la durabilité, à savoir économique, écologique et sociale. Un tel développement permettra aux partenaires du canton d’assurer leur pérennité tout en améliorant leurs performances du point de vue de la durabilité.

Tanja Jacobson et son équipe veillent à ce que des partenaires émanant de secteurs très divers se rencontrent, échangent, développent de nouvelles idées et solutions et encouragent les innovations en matière de durabilité. Le format retenu dans ce contexte, à savoir l’«atelier», est particulièrement conçu pour favoriser cet échange.

«La contribution de la marque Grisons consiste à diriger, organiser et animer le processus de développement durable au sein du réseau éponyme.»

La marque «Grisons»

Du jus de pomme régional en lieu et place du jus d’orange importé

Les partenaires de la marque Grisons contribuent activement à l’avenir de leur espace de vie et économique commun tout en profitant du réseau existant. Les services de psychiatrie des Grisons (PDGR) en sont un exemple: s’inspirant des échanges développés au sein du réseau, les PDGR servent désormais, lors de leurs apéritifs, du jus de pomme régional en lieu et place du jus d’orange importé. «Même de petites mesures peuvent avoir un impact», explique Marc Kollegger, directeur des PDGR. «Le jus de pomme a été très bien accueilli par les invités, surtout lorsqu’on leur a expliqué qu’il s’agissait d’un choix plus durable.» Les PDGR discutent par ailleurs également de questions plus larges en lien avec la durabilité:

  • Comment promouvoir la biodiversité sur les sites des cliniques Waldhaus et Cazis?
  • À quoi pourrait ressembler un concept de mobilité durable pour un fonctionnement 24 heures sur 24 qui inclurait les transports publics et individuels pour le personnel de la clinique?

En tant qu’employeur régional important, les PDGR ont une responsabilité tant envers ses patients qu’envers ses collaborateurs. La durabilité s’est donc imposée depuis longtemps comme étant un thème stratégique. «Les PDGR ont du retard à rattraper en la matière», déclare Marc Kollegger. La participation au projet NPR «Programm graubünden nachhaltig» («Grisons durables») est censée faciliter le développement de mesures de mise en œuvre concrètes.

Un programme de développement durable tourné vers l’avenir

Le «Programm graubünden nachhaltig» de mise en œuvre, financé par la NPR, s’étendra sur trois ans. La participation active des partenaires, tant sur le plan financier que sous forme de collaboration, est une condition préalable à tout cofinancement. Dans le cadre de la NPR, le canton des Grisons soutient ce programme en collaboration avec la Confédération; ce soutien consiste en une contribution à fonds perdus qui couvre un quart du coût total. Michael Caflisch, responsable du développement touristique du canton des Grisons, conclut: «Le programme NRP est convaincant car il favorise le renforcement de notre place économique et permet à de nombreux partenaires issus de différents domaines d’apporter une valeur ajoutée au canton.»

La marque «Grisons»

La marque «Grisons» a été lancée en 2003, suite à la demande du gouvernement de l’époque qui souhaitait la création d’une marque régionale intersectorielle afin de renforcer durablement l’attractivité économique du canton.

La marque «Grisons» a pour objectif de transmettre et de renforcer les valeurs fondamentales de la région – authenticité, bien-être et clairvoyance – auprès des habitants, des entreprises et des visiteurs. La marque doit contribuer à positionner les Grisons comme un lieu de vie, de travail et de détente attractif.

Le projet NPR «Programm graubünden nachhaltig» («Grisons durables») est l’un des nombreux instruments de travail adoptés par la marque Grisons pour atteindre cet objectif.

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Robotique pour les PME – rester compétitif avec le soutien de la NPR

Rendre la robotique accessible aux PME de la région du Rhin supérieur – tel est l’objectif du programme européen de soutien « Robot Hub Transfer ». Le Hightech Zentrum Aargau est partenaire du projet et transmet des connaissances, met en réseau et conseille les entreprises locales dans le domaine de la robotique. La Nouvelle politique régionale (NPR) participe financièrement à la création d’un réseau de robotique dans la région du Rhin supérieur. Découvrez en vidéo comment Hygentile teste l’automatisation robotisée de la manipulation des canettes dans la brasserie Mischmasch :

La pénurie accrue de main-d’œuvre qualifiée et la pression croissante de la concurrence mettent les entreprises au défi, y compris dans la région du Rhin supérieur : les entreprises doivent oser proposer de nouvelles solutions afin d’être bien préparées pour l’avenir. C’est là qu’intervient le projet européen Interreg « Robot Hub Transfer ».

Plus de compétences en robotique pour les entreprises de la région du Rhin supérieur

Le High Tech Zentrum Aargau (HTZ) est un partenaire du projet « Robot Hub Transfer » et transmet des connaissances, met en réseau et conseille les entreprises locales en matière de robotique. Il aide ainsi les PME à utiliser les robots de manière efficace et économique. Christoph Brunschwiler – expert en innovation et en technologie au HTZ – explique : « Nous plaçons l’entreprise au centre et veillons à ce qu’elle ait accès aux technologies appropriées, au savoir-faire nécessaire et aux aides financières adéquates ». En effet, les PME manquent souvent de connaissances techniques nécessaires pour tester et mettre en œuvre des systèmes robotiques de manière judicieuse et rentable.

Grâce à des analyses de la situation actuelle et à l’examen de la faisabilité et de la rentabilité, le projet «Robot Hub Transfer» crée une base de décision solide. Les PME peuvent ainsi évaluer si cela vaut la peine d’investir dans la technologie robotique. Le risque entrepreneurial peut être considérablement réduit.

La robotique dans la pratique : collaboration avec la PME locale Hygentile

Un exemple réussi, issu du réseau robotique de la région du Rhin supérieur est celui de Hygentile, une PME régionale spécialisée dans le remplissage et la fermeture de canettes. Chez les petits producteurs, le remplissage et la fermeture des canettes de boissons s’effectuent en plusieurs étapes. La solution développée par Hygentile regroupe ces différentes étapes en une seule, et ce dans un environnement sous gaz protecteur. Ainsi, la boisson n’est à aucun moment en contact avec l’air pendant tout le processus de remplissage et de fermeture, ce qui permet de mieux préserver l’arôme de la boisson et de prolonger sa durée de conservation. « L’innovation en matière de processus était déjà présente chez Hygentile, ce qui manquait, c’était l’automatisation de la manipulation des boîtes et des couvercles », explique Christoph Brunschwiler. La collaboration avec la FHNW s’est faite par l’intermédiaire de la HTZ. L’institut d’automatisation de la FHNW a étudié quelle solution permettrait d’automatiser la manipulation des boîtes et des couvercles lors du remplissage et de la fermeture. L’institut a ensuite développé un prototype fonctionnel en collaboration avec Hygentile.

Une telle innovation ne profite pas seulement à la microbrasserie Mischmasch, où cette étape d’automatisation a été testée, mais à toute la région du Rhin supérieur, comme le souligne Andreas Kunzmann de Hygentile : « On développe, produit et vend dans la région. Des prestations de service sont fournies et des entreprises sont créées, ce qui génère des emplois ».

Les subventions de la NPR, un facteur décisif

Grâce aux subventions de la NPR, la PME Hygentile, située dans la région du Rhin supérieur, a pu examiner comment améliorer son processus de remplissage et de fermeture. Pour en arriver là, l’échange de connaissances avec la FHNW ainsi que la coordination assurée par le HTZ entre les différentes parties prenantes ont été décisifs.

Coopération européenne dans le domaine de la robotique

« Robot Hub Transfer » est un projet soutenu par le programme de financement européen Interreg Rhin supérieur. Il accompagne les PME de la région dans l’introduction de la robotique. Ce projet transfrontalier réunit des partenaires d’Allemagne, de France et de Suisse. Son objectif est de faciliter le transfert de technologie dans le domaine de la robotique et de renforcer la compétitivité de la région du Rhin supérieur, grâce à la mise en réseau des instituts de recherche et des PME.

Pour rester compétitives dans un environnement marqué par la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, les PME de la région du Rhin supérieur ont tout intérêt à automatiser leurs processus à l’aide de robots. Or, elles manquent souvent les connaissances techniques nécessaires. C’est là qu’interviennent les partenaires du projet « Robot Hub Transfer ». L’objectif est de soutenir, d’ici l’automne 2026, une centaine de PME dans la région transfrontalière du Rhin supérieur (D, F, CH).

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Un espace de création pour la région du lac de Constance

C’est à Arbon qu’est née l’espace de création «ZIKpunkt». Un espace où des entreprises, des organisations et d’autres acteurs de la région se réunissent pour développer et réaliser des projets en commun. L’association ZIKpunkt est un puissant générateur d’idées, notamment pour l’économie régionale. Gilbert Piaser, directeur de la région Oberthurgau, explique dans cette vidéo la vision à la base du ZIKpunkt et son importance, et comment le projet a bénéficié du soutien de la Nouvelle politique régionale (NPR).

«Notre région va de l’avant, grâce à la NPR»

Gilbert Piaser souhaitait rendre tangible son engagement en tant que directeur de la région de Haute-Thurgovie: «Lorsque des locaux se sont libérés sur le site de l’ancienne usine Saurer, nous avons saisi l’occasion et avons lancé le projet «ZIKpunkt». Les initiateurs ont misé dès le début sur les subventions de la NPR. 

La région de Haute-Thurgovie a déjà mis en œuvre plusieurs projets grâce à ce soutien. «Notre région va de l’avant, grâce à la NPR», déclare Gilbert Piaser à ce propos. Pour ce qui est de l’initiative ZIKpunkt, les fonds octroyés par la NPR ont été utilisés pour l’essentiel durant la phase de conception et de mise en place, ce qui a permis de mener un important travail de fond. 

Une plateforme pour l’innovation

Le ZIKpunkt est géré par une association spécialement créée à cette fin, association dont font également partie les initiateurs du projet et d’autres membres du comité, nouvellement élus. Une association qui poursuit des objectifs ambitieux pour la région, à savoir: 

  • renforcer la place économique
  • freiner l’exode des professionnels hautement qualifiés 
  • attirer et former des professionnels qualifiés

Le ZIKpunkt tient lieu de plateforme d’innovation. L’association lance des projets innovants en collaboration avec des entreprises, des communes, des organisations et des institutions de la région. On se concentre ici spécifiquement sur la mise en œuvre. «Nous sommes là quand quelqu’un veut réaliser quelque chose de concret», souligne Gilbert Piaser, «le ZIKpunkt est un espace de création et non pas un think tank».

Grouper les compétences et créer des postes à temps partiel

Au début des activités du ZIKpunkt, nous avons testé différents formats afin d’acquérir de l’expérience et d’en tirer des enseignements utiles. Et le résultat est là selon Gilbert Piaser: «La première année, nous avons procédé par tâtonnements. Une approche qui nous a permis de voir ce qui fonctionne vraiment et ce qui ne fonctionne pas au ZIKpunkt». 

Des mandats concrets s’en sont suivis en 2024. Le ZIKpunkt soutient notamment, avec un secrétariat professionnel et un accompagnement spécifique, l’association «PhytoValley Switzerland» spécialisée dans la médecine naturelle. La croissance des domaines d’activité a en outre permis de créer deux nouveaux postes à temps partiel pour l’administration et la direction. Le ZIKpunkt a donc tout en main pour lancer d’autres projets innovants et développer l’économie régionale sur le long terme.

Objectif en vue grâce à un rythme plus lent

Jana Avanzini

Il y a vingt ans que l’idée de l’Écoparc de Daval est née à Sierre (VS), sur une surface équivalente à environ trente terrains de football. Son développement vise à promouvoir l’économie circulaire. Les entreprises qui s’y sont installées jusqu’à présent ne sont pas plus d’une douzaine, bien que la demande soit bien plus importante. Ce nombre réduit n’est pas dû à un manque d’intérêt, bien au contraire, mais aux critères de sélection que les PME candidates doivent remplir pour participer à cette communauté d’entreprises. Celles-ci doivent travailler de manière durable et équitable, être prêtes à élargir leurs points de vue et à exploiter les synergies avec leurs voisines. Elles sont notamment tenues de créer des espaces verts sur leurs parcelles.

L’utilisation de l’énergie solaire est recommandée et l’un des objectifs est d’accroître l’efficience énergétique sur l’ensemble du parc au fil des années. C’est ainsi par exemple que les déchets d’une entreprise doivent devenir la source d’énergie des autres. Les entreprises de l’Écoparc de Daval bénéficient de systèmes communs de gestion des déchets, d’un service postal ou d’un service de conseil en matière de construction. Il est possible de partager des systèmes de logistique et de sécurité et d’utiliser des cantines ou des offres de garderie communes, ce qui illustre que le préfixe «éco» signifie non seulement écologique, mais aussi économique.

Mickaël Yonnet, David Pasquiet und Laura Blardone, David Chocolatier © regiosuisse

Le paradis ne se crée pas facilement: il a au contraire besoin d’une longue phase de démarrage et de quelqu’un qui se charge de la coordination. Car établir le contact avec les entreprises voisines, faire leur connaissance et parler avec elles des potentiels de synergies demande du temps – un temps que de nombreuses entreprises n’osent pas prendre dans une perspective à court terme. Or tout ceci est extrêmement payant à long terme, s’accordent à dire l’expert Benoît Charrière, responsable Communautés du savoir-faire auprès de regiosuisse, et Stéphane Revey, responsable promotion économique de Sierre.

sierre.ch/fr/ecoparc-daval-2042.html

Vous trouverez ici la version complète en allemand.

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VADEME, valoriser les déchets minéraux

Nathalie Jollien

Les matériaux excavés issus des grands chantiers pourraient être transformés en une terre fertile à forte valeur environnementale. Le projet franco-suisse VADEME cherche à savoir si, et comment, une filière de valorisation de ces matériaux, jusqu’ici considérés comme des déchets, pourrait être mise en place dans les bassins genevois et annécien.

© regiosuisse

Dans le canton de Genève, des millions de tonnes de déchets inertes minéraux issus du domaine de la construction sont produits chaque année. Des déchets provenant de la déconstruction comme des débris de brique ou de tuile, mais aussi résultant de travaux d’excavation ou de terrassement. Lors de travaux, on garde précieusement le sol fertile, présent généralement sur la première couche du terrain – sur une épaisseur allant de quelques centimètres en milieu urbain à un peu plus d’un mètre en milieu forestier. Le sous-sol non fertile se trouvant en dessous est par contre souvent considéré comme un déchet et amené en décharge. «Ces matériaux d’excavation sont souvent emportés dans des carrières, où les matériaux non valorisables sont enfouis. Les entreprises genevoises du bâtiment sont fréquemment amenées à transporter ces déchets en dehors du canton et parfois sur de longues distances. Or, leur transit par camion génère une forte pollution atmosphérique et sonore sur le territoire», indique Sébastien Kicka, chargé de projet innovation à l’Office de promotion des industries et des technologies du canton de Genève. Le canton n’ayant pas la capacité d’accueil de ces matériaux, une grande partie est exportée en France voisine.

Débuté en décembre 2020, le projet VADEME pour «Valorisation agronomique des déchets minéraux» a pour ambition de traiter cette problématique à l’échelle transfrontalière. Il réunit neuf partenaires publics et privés aux expertises complémentaires venant de France ou de Suisse. En associant les réseaux d’acteurs concernés, l’objectif est d’augmenter et structurer les collaborations pour accroître la part valorisée de ces déchets, en particulier en expérimentant des solutions innovantes de fertilisation des déchets inertes terreux. À terme, le projet devrait permettre de favoriser l’émergence d’une économie circulaire de la gestion des matériaux d’excavation.

© regiosuisse

Recréer des mécanismes naturels

L’entreprise Edaphos, l’un des partenaires du projet, a développé une expertise en valorisation des déchets minéraux par un procédé de génie pédologique qui permettrait de créer de la terre végétale fertile. «Sur de la matière minérale stérile, nous ajoutons des amendements organiques et microbiens. L’association de ces trois éléments va permettre de recréer une dynamique et des mécanismes naturels qui rendront le sol fertile. Dans la nature, ce processus prendrait un siècle pour obtenir un seul centimètre de sol fertile», explique Mathieu Pillet, CEO de Edaphos.

Leur innovation est testée pour la première fois à l’échelle industrielle dans le cadre du projet VADEME. Dans les travaux de revitalisation de la rivière de l’Aire à Genève (tronçon entre le village de Certoux jusqu’à la frontière française), 10 000 tonnes de matériaux seront traitées d’ici fin 2022, directement sur place. Un second chantier d’expérimentation est actuellement réalisé avec l’entreprise Chavaz, une société de transport et de fourniture de matériaux de carrière. «Sur un de leur site, ils disposent d’une plateforme de traitement de déchets. Des terres provenant de différents chantiers y sont amenées et triées, puis nous y effectuons notre processus de génie pédologique», continue Mathieu Pillet. À noter que pour être considéré comme fertile, la qualité physique, chimique et biologique des matériaux d’excavation et des amendements organiques doit être prouvée (texture adéquate, teneur en éléments nutritifs, bon équilibre des communautés d’organismes du sol, absence de pollution par exemple via des microplastiques, etc.).

Le projet VADEME analyse également la faisabilité et la viabilité économique d’un tel processus. Cette terre fertile pourrait être vendue à des paysagistes ou particuliers pour des travaux paysagers principalement, mais pas pour un usage agricole. Le projet réfléchit aussi aux éventuelles évolutions de la norme de qualité suisse. Selon Mathieu Pillet, «le cadre normatif est très imprécis. Le projet VADEME apportera des voies de réflexion pour le faire évoluer.» Un comparaison sera notamment effectuée avec ce qui se fait en France avec la norme NF U 44-551 que l’on trouve assez largement sur les terreaux commercialisés, signe de qualité du produit pour le consommateur.

© regiosuisse

Des bénéfices économiques et environnementaux

En l’état actuel, la production artificielle de sols agricoles n’est pas techniquement et légalement faisable. Dans le cas où les expérimentations se révélaient satisfaisantes, pouvoir valoriser les déchets minéraux issus d’excavation en une terre fertile apporterait de nombreux bénéfices à la région, autant économiques qu’environnementaux. Si une adéquation entre l’offre et la demande se développe, l’intérêt économique est évident: plutôt que de devoir payer un tiers pour se débarrasser d’un matériel considéré comme un déchet, ce matériau serait transformé, puis commercialisé et générerait de la valeur ajoutée pour les acteurs du marché. Selon Sébastien Kicka, « notre projet veut aussi appuyer l’économie locale. Nous suivons les activités de la start-up Edaphos depuis quelques années maintenant. Nous sommes favorables à ce que des synergies avec des entreprises de la région se créent. »

Vu la problématique actuelle d’appauvrissement des sols à l’échelle mondiale, pouvoir produire de la terre fertile est bien sûr avantageux. «Les terres fertiles se raréfient et ne sont pas une matière première renouvelable à l’échelle humaine. Le processus naturel de création d’un sol fertile est extrêmement lent, rappelle Mathieu Pillet, de plus, ce sol a une haute valeur environnementale, dans le sens où à l’échelle globale, les sols stockent énormément de CO2, quatre fois plus que la végétation.» Cela permettrait aussi d’éviter le flux de camions transfrontaliers qui transitent entre la Suisse et la France sur des distances parfois importantes pour transporter ces déchets, et toute la pollution qu’ils génèrent.

Léa Carlesso et Georges Descombes © regiosuisse

Finalement, si ce nouveau moyen de recyclage s’avérait concluant, il viendrait avantageusement remplacer une pratique de revalorisation des déchets minéraux actuellement réalisée en France dans des zones agricoles. Le modelé de terrain consiste à décaper la couche de terre fertile à la surface. On y met les déchets minéraux, puis on les recouvre de la terre fertile. Si elle est mal effectuée, cette pratique peut causer des problèmes majeurs liés à l’écoulement des eaux ou la capacité des plantes à avoir une prospection racinaire suffisante. Ce procédé est interdit en zone agricole en Suisse et souffre d’un manque de suivi et contrôle par les administrations en France.

Le projet VADEME livrera ses conclusions d’ici la fin de l’année 2022.

interreg-vademe.caue74.fr/le-projet-vademe

Collaboration transfrontalière

VADEME est un projet européen Interreg France-Suisse. Il réunit, pour une durée de deux ans, de janvier 2021 à décembre 2022, des partenaires français et suisses autour d’un budget de 820 000 CHF qui comprend des fonds européens de développement régional (FEDER), des fonds fédéraux (NPR) et des fonds cantonaux. Deux chefs de file se partagent la responsabilité du projet: le Conseil d’architecture d’urbanisme et de l’environnement de Haute-Savoie (CAUE 74) pour le côté français et l’Office de Promotion des Industries et Technologies (OPI) pour le côté suisse.

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Marchés publics: levier pour l’économie circulaire

Pirmin Schilliger

Avec un volume d’environ 40 milliards de francs, le secteur public est le principal acheteur sur le marché de l’approvisionnement. Il dispose ainsi d’un levier puissant pour promouvoir l’économie circulaire. Le centre de compétences Prozirkula à Bâle a été créé il y a deux ans afin d’accélérer la transition d’une économie du jetable à une économie circulaire dans l’approvisionnement public et privé.

Il y a des années que les Pays-Bas mobilisent des milliards pour stimuler l’économie circulaire par le biais des marchés publics. Il y a quatre ans, l’organisation Circular Economy Switzerland et l’entreprise de conseil ecos ont commencé, avec le projet Circular Cities Switzerland, à faire fructifier le savoir-faire néerlandais en Suisse. Sur la base de cette expérience, les deux experts de l’économie circulaire Marco Grossmann (ecos) et Raphael Fasko (bureau d’ingénieurs-conseils Rytec Circular) ont développé l’idée d’un centre de compétences dédié aux achats publics circulaires, qui a finalement débouché sur la création de Prozirkula.

À l’aide d’un financement initial de la Fondation mava, Rytec et ecos ont commencé à monter le entre de compétences au printemps 2020. Après une phase de lancement de deux ans, Prozirkula accède en avril 2022 au statut de Sàrl svelte avec comme unique employée sa directrice Antonia Stalder. Certains membres du personnel d’ecos et de Rytec Circular travaillent aussi régulièrement pour Prozirkula sur la base de mandats. Le modèle d’affaires prévoit que la jeune entreprise devrait se financer elle-même par son offre de services au plus tard dès 2024. Antonia Stalder se montre optimiste: «Il s’est révélé dès le début que l’intérêt pour notre offre est très grand et qu’il ne cesse de croître.»

Prozirkula © regiosuisse

La légère pression de la loi

Cet intérêt croissant s’explique essentiellement par la révision, en vigueur depuis 2021, de la loi fédérale sur les marchés publics (lmp). Le personnel de l’administration ainsi que les décideuses et les décideurs politiques au niveau fédéral, cantonal et communal sont plus ou moins tenus depuis cette date de donner plus de poids aux critères de la durabilité et spécifiquement de l’économie circulaire dans leurs achats. Le prix à lui seul ne doit pas être l’argument décisif d’adjudication. Il s’agit d’intégrer bien davantage des critères tels que la préservation des ressources, l’efficience énergétique, la neutralité climatique, etc.

Ce n’est pas par hasard que l’attention de Prozirkula se concentre en premier lieu sur les marchés publics: avec un volume d’achats d’environ 40 milliards de francs, le secteur public est l’acteur le plus important sur le marché de l’approvisionnement. Il dispose du plus grand levier pour activer l’économie circulaire. Avec ses décisions en faveur de solutions circulaires, il peut poser les jalons décisifs d’un développement durable. Il est toutefois regrettable que la loi se limite à des recommandations. Les décideuses et les décideurs conservent donc toujours une grande liberté pour choisir entre la variante la plus avantageuse et la plus écologique lors d’un achat.

Travail de pionnier et projets pilotes

Immédiatement après sa création, Prozirkula a lancé un premier projet pilote, suivi entre-temps par d’autres projets. En se fondant sur la «Feuille de route pour la réutilisation de meubles», l’Office de l’environnement et de l’énergie de Bâle- Ville (aue) a par exemple réutilisé son ancien mobilier dans l’immeuble neuf achevé en 2021 au centre de Bâle. Le bâtiment lui-même, de construction hybride bois-béton, doté d’une façade photovoltaïque et conforme au label Minergie-A-ECO, répond aussi en grande partie aux critères de l’économie circulaire. Les Services industriels de Bâle (iwb) ont aidé Prozirkula à intégrer les principes de l’économie circulaire dans l’appel d’offres pour les bornes de recharge électrique. Armasuisse mise désormais aussi sur les critères d’adjudication de Prozirkula chaque fois qu’il achète du matériel électronique. Les cff travaillent avec un outil d’analyse codéveloppé avec Prozirkula pour évaluer les opportunités et les risques de chaque catégorie de marchandises en termes d’économie circulaire.

«Chaque fois qu’un projet d’économie circulaire est lancé, les acteurs impliqués ne peuvent pas éviter de faire oeuvre de pionniers», estime Antonia Stalder. Il n’existe que peu de références ou de solutions standard que l’on peut simplement reprendre telles quelles. Il est rare que les acheteurs publics puissent se procurer des offres et des produits standard: ils doivent développer de nouvelles solutions avec les fournisseurs. Tel est leur véritable défi. La transition vers l’économie circulaire commence dans la tête, car les achats circulaires se fondent sur une nouvelle manière de penser. Le personnel de l’administration et les managers s’aventurent généralement en terrain inconnu et sont confrontés à des exigences inhabituelles lorsqu’ils s’intéressent à des achats circulaires. Dans cette situation, Prozirkula leur propose un soutien professionnel. «Nous accompagnons les processus d’achat et veillons à ce que les appels d’offres intègrent déjà les principes de l’économie circulaire», explique Antonia Stalder.

Le centre de compétences Prozirkula favorise la transition vers des pratiques de production et de consommation circulaires par les moyens suivants: conseil, formation continue, transfert de savoir, mise en réseau et base de connaissances. «Nous rendons régulièrement compte de projets phares et de nos expériences lors de manifestations, par exemple lors du Forum des usagers de l’économie circulaire en septembre de cette année», ajoute Antonia Stalder.

Plus-value écologique et économique

Avec ses services, le centre de compétences s’adresse certes en premier lieu aux acheteurs publics, mais les directrices et directeurs d’achat des entreprises ont également tout intérêt à faire appel aux spécialistes de l’économie circulaire de Prozirkula. Antonia Stalder se dit convaincue que «les entreprises qui intègrent stratégiquement les principes de l’économie circulaire dans leurs processus peuvent escompter de meilleures chances de l’emporter lors de marchés publics». Les modèles d’affaires dans lesquels la plus-value écologique et la plusvalue économique vont de pair sont de plus en plus fréquemment demandés. Le fabricant de meubles Zesar, Tavannes (JU) qui a développé du mobilier circulaire pour les écoles et les bureaux, a par exemple des atouts à cet égard.

Si les acteurs publics exploitent systématiquement leur pouvoir d’acheteurs et ne misent plus que sur des fournisseurs qui appliquent des modèles d’affaires circulaires, ceci créera un effet boule de neige et stimulera la transformation vers l’économie circulaire dans l’industrie et les arts et métiers. De plus, tous les acteurs contribueront de manière décisive à atteindre l’objectif de développement durable (odd) 12 «Établir des modes de consommation et de production durables» ainsi que d’autres odd.

prozirkula.ch

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