Un Plan directeur intercommunal au service du développement touristique
Nathalie Jollien
Dans les Alpes valaisannes, les communes voisines de Crans-Montana, Icogne et Lens ont un taux de résidences secondaires de 62 %. Depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi fédérale sur les résidences secondaires (LRS) dite Lex Weber en janvier 2016, quasiment aucune résidence secondaire n’a pu y être construite. Au nom des trois communes, Thomas Ammann, responsable d’Arcalpin, un bureau de planification spécialisé dans les régions de montagne, souligne: «Après une difficile phase d’adaptation, les communes gèrent, à l’heure actuelle, plutôt bien la plupart des aspects de la LRS, notamment la construction des résidences principales en exigeant des preuves pour des acquéreurs domiciliés. Pour les hôtels et locations pour séjour de courte durée en revanche, j’estime que la LRS pose encore de sérieux problèmes aux communes touristiques en montagne. La possibilité de transformer d’anciens hôtels en résidences secondaires est considérée comme une véritable incitation à les abandonner.»
Instrument de planification et de coordination, le Plan directeur intercommunal (PDi) mis en place par les trois communes est un outil d’aménagement du territoire efficace pour gérer les implications de la nouvelle LRS. Il a permis aux communes de clarifier l’application de cette loi et de poser de conditionscadres précises pour favoriser les constructions de nouvelles structures hôtelières et la sauvegarde des hôtels existants. Les besoins prévisibles pour les nouveaux complexes hôteliers ont été inventoriés. Les emplacements idéaux pouvant les accueillir ont été déterminés et indiqués sur les plans de zone des communes. Ces secteurs pourront à l’avenir héberger uniquement des complexes hôteliers. Les hôtels existants qui relèvent d’une certaine importance pour la station sont sauvegardés par des mesures d’aménagement du territoire et leur rénovation est facilitée.
L’idée est séduisante de simplicité: on utilise les maisons et les appartements vacants d’un village pittoresque pour héberger des touristes et la coordination est assurée par une réception centrale – comme dans un hôtel. Ce concept de l’albergo diffuso vient d’Italie, où plusieurs communes périphériques ont connu de cette manière une renaissance. L’idée de l’«hôtel dispersé» a aussi été reprise en Suisse. Une structure d’hébergement de ce genre est ouverte depuis quelques années dans la petite ville de Porrentruy (JU). Les deux projets tessinois de Scudellate et de Corippo sont encore partiellement en phase préparatoire. Ces entreprises ressentent justement un élan au cours de la deuxième année de la pandémie de coronavirus.
Tout a commencé par une secousse: la terre a tremblé si fort en mai 1976 dans la région du Frioul, au nord-est de l’Italie, que de nombreux villages ont été entièrement ou partiellement détruits. Une idée particulière est née en Carnie lors de la reconstruction: de nombreux habitants ne sont plus revenus même dans les maisons intactes; on a alors commencé à utiliser les logements vacants à des fins touristiques, ce qui a contribué à la renaissance de cette région.
Avec le temps, cette idée de l’albergo diffuso – au sens d’«hôtel dispersé», parfois aussi appelé judicieusement «hôtel horizontal» – a fait fureur dans d’autres régions italiennes, où le nombre de bâtiments vides a augmenté à cause de l’exode des villages périphériques. Les chambres d’une auberge de ce genre se répartissent sur plusieurs bâtiments et appartements, et les services hôteliers sont également proposés à différents endroits. Seule la direction est assurée depuis une réception centrale.
Il existe actuellement en Italie environ 150 offres de ce type qui reposent systématiquement sur la réaffectation de structures résidentielles d’origine soumises à une rénovation douce. Ces offres répondent à l’intérêt de nombreux voyageurs qui souhaitent vivre quelque chose d’authentique et rencontrer la population locale tout en bénéficiant de services hôteliers.
Ce concept italien rayonne aussi en Suisse. La société Albergo Diffuso SA a ouvert les portes de son hôtel horizontal en septembre 2017 dans la petite ville jurassienne de Porrentruy. «Nous sommes un groupe de propriétaires de bâtiments historiques du centre-ville et nous les exploitons en commun conformément au modèle italien», explique Marianne Chapuis, une des deux associées d’Albergo Diffuso SA.
Au début, il y avait deux chambres soumises à une rénovation douce et quatre studios qui pouvaient accueillir seize personnes au total. Actuellement, cinq bâtiments totalisant 48 lits sont à disposition. «Le bureau de JuraTourisme s’occupe de la réception des clients à l’hôtel horizontal de Porrentruy», déclare Émilie Moreau, responsable du développement des produits au sein de l’organisme jurassien responsable du tourisme. «Nos chambres sont bien occupées depuis avril de cette année et les clients réservent des séjours plus longs», constate de son côté Marianne Chapuis. Cela a permis d’atténuer sensiblement les conséquences de la crise initiale de 2018 et du confinement de l’année dernière.
Émilie Moreau observe que le nombre de nuitées a nettement augmenté cette année sur le territoire de la ville de Porrentruy. La société Albergo Diffuso SA y contribue à raison d’environ 20 %. Selon Marianne Chapuis, les couples, les familles, les cyclotouristes et les randonneurs viennent désormais plus nombreux. Ils apprécient les chambres dispersées ou les petits appartements avec coin cuisine. Ils se sentent plus libres et mieux protégés – étant donné la situation du coronavirus.
«La rénovation des immeubles a coûté entre un demi-million et un million de francs par bâtiment, estime Marianne Chapuis. On a reçu une partie de ce montant sous forme de prêt bancaire, une autre partie sous forme de contribution de soutien du canton et le reste a été financé par des fonds propres.»
Mille francs par chambre et au maximum cent mille par propriétaire: c’est ce que la commune de Porrentruy peut investir dans l’hôtel dispersé, selon Émilie Moreau. Cette possibilité existe depuis douze ans grâce au projet à long terme Enjoy Switzerland, soutenu par la Nouvelle politique régionale (NPR). Les coûts d’exploitation de l’albergo diffuso de Porrentruy, dont le nom et le logo sont inscrits au registre des marques, s’élèvent à environ 400 000 francs par an, selon Marianne Chapuis. Grâce à la reprise, la moitié de ces coûts est maintenant couverte par les recettes. «Puisque leur société est relativement nouvelle, les associées ont aussi accepté d’essuyer des pertes», explique Marianne Chapuis. Mais elles misent entièrement sur l’avenir, qui paraît actuellement favorable. Elles devraient atteindre un résultat équilibré cette année. La société mise non seulement sur sa propre mise en œuvre du concept développé, mais le vend aussi en franchise à d’autres communes. Albergo Diffuso SA aide des communes ou des communautés de propriétaires qui souhaitent développer ce type de bed and breakfast à créer l’infrastructure et à obtenir les autorisations.
L’albergo diffuso del Monte Generoso, dans la vallée de Muggio au sud du Tessin, perçoit aussi la tendance à la reprise. «On a obtenu un bon écho des touristes qui connaissent déjà la vallée, mais des clients entièrement nouveaux sont aussi venus», déclare Claudio Zanini. Il préside l’association responsable qui exploite, encore à l’essai, l’auberge comme une partie de l’hôtel dispersé dans le village de Scudellate.
Deux bâtiments de Scudellate sont intégrés dans l’exploitation test depuis fin juin. L’Osteria Manciana est tenue par des particuliers et comprend trois chambres doubles en plus du restaurant. L’Ostello qui compte 24 lits appartient à l’association locale du jardin d’enfants. Le démarrage de l’exploitation à plein régime, avec 40 lits au total et deux autres structures sur le territoire communal, est prévu pour l’année prochaine.
Le volume total d’investissements s’élèvera à environ cinq millions de francs. Des particuliers fournissent la majeure partie de ce montant, auquel s’ajoutent des subventions de l’Aide suisse à la montagne, du canton du Tessin par le biais de la NPR et de la loi cantonale sur le tourisme ainsi que d’instituts financiers spécialisés. «Plusieurs emplois ont déjà été créés grâce au projet», souligne Claudio Zanini.
Un deuxième albergo diffuso tessinois est en cours de création dans le petit village classé de Corippo (val Verzasca). Avec ses douze résidents, le hameau était considéré comme la plus petite commune de Suisse jusqu’à sa fusion en octobre 2020 avec d’autres villages pour former la nouvelle commune de Verzasca. Les travaux pour l’albergo sont en cours depuis mai 2020. Cinq immeubles d’habitation sont rénovés en plus de l’osteria locale. Le but est de proposer dès le printemps prochain douze chambres totalisant 26 lits. «Avec ce projet, on veut notamment modérer la tendance au tourisme de passage excessif dans le val Verzasca», explique Fabio Giacomazzi. Il est architecte et président de la Fondazione Corippo 1975, qui fait avancer le projet.
Les investissements pour l’albergo diffuso de Corippo s’élèvent à 3,6 millions de francs. Environ deux millions proviennent du canton, notamment de la promotion touristique et de l’Office fédéral de la culture. Le reste est apporté par des sponsors privés, des associations et des fondations régionales ainsi que de l’Aide suisse à la montagne. «Environ vingt réservations de Suisse et de l’étranger sont déjà arrivées», se réjouit Fabio Giacomazzi. L’intérêt semble vif depuis que le projet s’est fait connaître. Celui-ci a même déjà gagné un prix: le Hotel Innovations Award 2017 de Gastrosuisse. L’éloge accompagnant ce prix dit que le projet Corippo est prometteur et revêt un caractère exemplaire pour le tourisme alpin.
Pour préserver et entretenir ses paysages, le Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut a misé principalement sur l’économie alpestre et le maintien de savoir-faire ancestraux qui font son identité. Il a réalisé des actions en faveur de la biodiversité qui ont par la même occasion amélioré la qualité paysagère et planche sur une toute nouvelle Stratégie paysage. Le paysage constitue la ressource principale de ces régions et joue un rôle déterminant pour leur développement. Les activités touristiques sont directement liées à la qualité du paysage, lequel est un aspect important pour la commercialisation des fromages AOP Gruyère d’alpage, L’Étivaz et le Vacherin fribourgeois.
À l’intersection entre les cantons de Fribourg, Vaud et Berne, dans une zone de montagnes des Préalpes, 630 km² forment le Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut. Fondé en 2012, le Parc implique aujourd’hui 17 communes situées entre Montreux, Gstaad et Gruyères. Son territoire s’étend donc des bords du Léman jusqu’à des sommets de 2500 m d’altitude. Selon François Margot, ingénieur agronome et co-coordinateur du parc: «Cette différence altitudinale nous offre une grande diversité faite d’une mosaïque de zones d’herbage et de forêts, parsemée de zones bâties, d’habitations, mais aussi de rochers et de zones plus naturelles bien présentes surtout dans la partie sud du Parc à haute altitude.»
Le paysage, l’élément clé de la valorisation économique
Ce paysage représente la ressource primaire de la région et joue un rôle fondamental dans le développement régional. «La population locale y est très fortement attachée. C’est un élément indéniable de la qualité de vie des habitants qui leur donne envie de vivre et s’investir dans la région», indique celui qui a été secrétaire régional de l’association de développement économique régionale du Pays-d’Enhaut pendant 30 ans. Toutes les activités touristiques sont également directement liées à la qualité paysagère du lieu. Les touristes sont principalement attirés par le paysage et le patrimoine culturel immatériel, ces traditions vivantes qui font l’identité de ces régions. «Pour moi, ces deux éléments sont fortement imbriqués, car le paysage donne la possibilité d’une valorisation économique de nos produits traditionnels. C’est ce qui permet au Gruyère d’alpage AOP, à L’Etivaz AOP et au Vacherin fribourgeois AOP de se différencier de fromages qui viendraient de l’industrie, ce qui leur donne un avantage comparatif.»
De fait, le paysage du Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut est considérablement marqué par mille ans d’occupation paysanne. L’agriculture et l’économie alpestre y sont encore très actives et continuent à influer sur le paysage. «Soutenir l’agriculture traditionnelle, c’est notre meilleur moyen de conserver le paysage.» Les propriétaires de terrains sont les principaux acteurs pour maintenir les clairières, les lisières, les paysages ouverts, mais aussi la qualité du bâti avec les éléments typiques du paysage régional que sont les bâtisses aux toits recouverts de tavillons (tuiles de bois) ou les murs en pierre sèche.
L’accompagnement à la création de réseaux écologiques dans l’agriculture dans chacune des quatre régions qui le forment a été dès le départ une priorité pour le Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut. Il a ensuite été mandaté par les associations agricoles régionales pour mettre en place un projet de qualité du paysage donnant droit à des paiements directs complémentaires par l’Office fédéral de l’agriculture. «Nous avons été pionniers avec cet engagement. Ce projet contribue à maintenir les paysages ouverts et à diversifier les éléments boisés dans nos paysages agricoles.»
Favoriser la biodiversité et améliorer la qualité paysagère
Afin de sélectionner, orienter et promouvoir ses projets notamment, le Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut utilise régulièrement des instruments de la politique paysagère suisse. «L’inventaire des paysages d’importance fédérale (IFP) ou cantonale réalisé récemment par le canton de Fribourg, les inventaires des sites construits à protéger (ISOS) ou les inventaires des biotopes sont des bases de planification sur lesquelles nous nous appuyons, mais aussi des leviers d’action pour susciter des applications concrètes auprès des communes par exemple.»
Pour l’instant, les mesures paysagères directement mises en œuvre par le Parc ont été plutôt occasionnelles. Par contre, des actions conduites en faveur de la biodiversité ont par la même occasion eu un impact positif sur la qualité du paysage. Citons des mesures de renaturations des eaux, la plantation de plus de 900 arbres fruitiers à haute-tige ou encore une campagne de création de haies.
La restauration de deux châtaigneraies au-dessus de Villeneuve fait aussi partie des actions réalisées par le Parc. En 2012, 2,4 hectares de forêt sont réaménagés grâce à une aide financière venant principalement du Fonds suisse pour le paysage, mais également de subventions cantonales et fédérales et de la vente du bois coupé sur le terrain. Afin de pérenniser la châtaigneraie, le Parc a créé une association de 17 propriétaires chargée d’organiser les travaux d’entretien et de s’assurer de la longévité du lieu.
Mise en place d’une Stratégie paysage
Après bientôt dix ans d’existence, le Parc arrive au terme de la validité de sa Charte, contenant les grands axes de travail, les champs d’action et le positionnement du Parc par rapport aux autres acteurs et institutions de la région. «Nous avons demandé le renouvellement de notre reconnaissance fédérale en tant que parc naturel régional pour les dix ans à venir et travaillons sur l’établissement d’une nouvelle Charte. Nous avons notamment prévu de mettre en place une Stratégie paysage et donc d’élaborer activement des projets de qualification paysagère.» Des demandes de financement sont en cours pour démarrer dès cette année des projets de restauration de sentiers et de murs dans l’IFP du Vanil Noir. Dans le cadre de ce renouvellement, il est prévu que quatre autres communes des cantons de Berne, de Fribourg et de Vaud rejoignent le Parc – un indice de son attractivité pour la population. La stratégie passera également par une mise en avant de la thématique du paysage dans les politiques communales et le débat public. L’objectif étant de donner une place explicite au paysage, qui n’occupe encore bien souvent que le second plan.
Bien que difficiles à cerner, on estime que les retombées économiques globales cumulées sur sept ans (2011-2018) s’élèvent à 25 000 000 francs. Ce chiffre comprend aussi bien les retombées directes et indirectes que des retours en termes d’image. Le Parc génère un apport important de financements cantonaux et fédéraux pour la réalisation de son programme d’actions. Il donne également accès à des financements complémentaires auprès de fondations et autres partenaires. La grande majorité de ces ressources financières sont dépensées dans le territoire du Parc et permettent le développement de diverses activités économiques.
Le Parc a par exemple créé des offres touristiques comme des conférences, ateliers, visites et autres animations. Elles entraînent des revenus pour les partenaires et prestataires de la région (hôtels, chambres d’hôte, restaurants, commerces, producteurs, accompagnateurs en montagne); environ 4500 visites en sept ans, avec 150 000 francs versés aux prestataires. Il a des collaborations régulières avec les Offices du tourisme régionaux environnants dont celui de Gstaad ou avec la Communauté d’intérêt touristique des Alpes vaudoises pour coordonner leurs activités.
Des accords de partenariat sont aussi établis avec quatre associations de développement économique régional. Le Parc coopère notamment très régulièrement avec l’association Pays-d’Enhaut Région au sujet de la marque déposée «Pays-d’Enhaut Produits Authentiques» et de la marque «Parc». Il est aussi en charge du développement de la filière bois.
De jeunes adultes développent des idées pour leur région au sein du Next Generation Lab de regiosuisse. On y teste aussi de nouvelles approches comme le «design thinking». Les premières expériences faites avec ce format sont prometteuses. Un bon accompagnement assuré par des coachs en innovation et des mentors qui connaissent bien la région est déterminant. Ce processus pourrait servir de générateur d’idées pour les régions. Des efforts supplémentaires sont toutefois nécessaires pour une mise en œuvre concrète des idées de projets.
Les orientations prises aujourd’hui modèlent l’avenir que vivra la prochaine génération. Mais comment associer de jeunes adultes à la planification du futur – des personnes de la génération Z nées au tournant du millénaire et faisant partie des «digital natives»? regiosuisse s’est fixé pour objectif d’associer activement des personnes de cette génération à la conférence «Suisse 2040: développement régional et territorial de demain – tendances, visions et domaines de développement», prévue à l’origine pour avril 2020. Un atelier dédié devrait offrir une plateforme aux jeunes adultes et à leurs idées lors de la conférence.
Rallier des jeunes pour l’avenir de la région
L’idée est séduisante. Mais comment enthousiasmer des jeunes pour une conférence spécialisée sur l’avenir du développement régional? Ce que de plusieurs organisateurs avaient pressenti s’est confirmé. «Il a été extrêmement difficile d’attirer de jeunes adultes avec ce thème, indique Thomas Probst, de regiosuisse, nous avons dû reconnaître que nous ne disposions en fait d’aucun accès aux jeunes.» Grâce à d’importants efforts ainsi qu’au soutien d’organismes de développement régional et de hautes écoles, ils ont finalement réussi à obtenir la participation de sept équipes à la conférence. Le coronavirus a toutefois causé du tort au projet.
En dépit de la pandémie, les initiateurs ont décidé de poursuivre le projet pilote de Next Generation Lab en 2020. Des équipes de trois ou quatre jeunes adultes devaient développer des idées de projets pour leur région dans le cadre d’un format innovant et créatif. L’approche du «design thinking» comprend des méthodes issues du management de l’innovation et du milieu des start-ups. Elle met l’accent sur les besoins et les motivations des usagers. Voici ses trois mots d’ordre: créativité, ouverture, multidisciplinarité. Quatre équipes (de la Region Prättigau/Davos, de Thurgovie, du Haut-Valais et du Bas-Valais) ont participé à la première journée, appelée «design sprint». Chaque équipe a été encadrée par un coach en innovation et par un-e mentor de sa région. Chacune s’est retrouvée sur place dans sa région. Les échanges avec les coachs et les mentors ont eu lieu virtuellement, de même que l’évaluation des idées de projets par un jury composé d’un représentant du SECO, d’une représentante de l’ARE et d’un représentant de regiosuisse.
Offre touristique et vente directe
Les résultats de la première journée ont été convaincants. Les quatre équipes auraient pu approfondir leurs idées lors d’une seconde journée dans le cadre d’un «deep dive». Mais des raisons personnelles comme le début de nouvelles formations et des changements de domicile ont eu pour conséquence que seules deux équipes ont poursuivi le travail. Celles-ci ont développé à cette occasion des modèles d’affaires et des plans de mise en œuvre. L’équipe du Bas-Valais a combiné son idée avec une offre touristique du val d’Hérens: elle prévoit de faire connaître aux visiteurs les beautés et les curiosités culturelles de la vallée à l’aide d’un tour en bus. Le groupe de Frauenfeld souhaite rapprocher les producteurs régionaux des consommateurs et vise ainsi la vente directe des produits en milieu urbain et la dynamisation des circuits courts.
«C’était exigeant, mais nous avons finalement obtenu un résultat», déclare Simon Vogel, du groupe de Frauenfeld. Il a beaucoup appris grâce au processus très professionnel. Ils ont réfléchi à ce qui est produit dans le canton. C’est ainsi qu’est née l’idée de créer en ville une offre de produits agricoles de la région – au-delà du marché hebdomadaire. «Nous voulons contribuer à façonner la région», explique Simon Vogel en esquissant la motivation des membres de son groupe. Professionnellement, il travaille comme assistant scientifique dans le domaine de l’électrotechnique auprès de la zhaw, Winterthour, et siège aussi au Grand Conseil du canton de Thurgovie depuis quelques mois.
Brigitte Fürer, directrice de Regio Frauenfeld jusqu’à cet été, a encadré le groupe lors de la première journée en qualité de mentor régional. «Regio Frauenfeld a toujours été ouverte aux projets menés avec des jeunes», indique-t-elle. Le développement régional et le développement durable vont de pair et concernent toujours aussi la jeune génération. Une initiative comme le Next Generation Lab donne de nouvelles impulsions et de l’inspiration. «Il incombe maintenant à la région de reprendre l’idée et de la développer», estime-t-elle.
Sherine Seppey a participé au Next Generation Lab avec deux collègues. Toutes trois ont choisi le val d’Hérens parce qu’elles connaissaient déjà la vallée. La première journée a été très productive. «L’encadrement nous a aidées à nous concentrer sur le cœur de notre idée », commente l’étudiante de la hes-so Valais. Lors de la deuxième journée, on a précisé l’idée et esquissé les étapes d’une réalisation. Elles ont trouvé un partenaire potentiel qui pourrait envisager d’intégrer leur proposition dans son offre touristique.
De l’idée à la mise en œuvre
L’idée de projet est réaliste, estime François Parvex, expert du développement communal et régional qui a encadré l’équipe Bas-Valais à Sion. «Les jeunes ont des idées, mais n’ont pas l’habitude de les mettre en œuvre dans le cadre d’un projet», explique-t-il. Ils ont vécu le Next Generation Lab comme un jeu formateur. Selon François Parvex, les responsables du développement régional pourraient utiliser ce format pour des concours d’idées. Il songe à une sorte de générateur d’idées pour les régions. Il faudrait ensuite mettre à disposition un capital financier de départ pour concrétiser et mettre en œuvre les idées.
Le membre du jury Maria-Pia Gennaio Franscini, coresponsable des «Projets-modèles pour un développement territorial durabl» auprès de l’Office fédéral du développement territorial (ARE), a en général affaire à des spécialistes. Elle était donc curieuse de voir comment s’organiserait la collaboration avec des jeunes. Voici sa conclusion: «Le degré d’engagement des participants a été impressionnant.» Elle pourrait aussi envisager à l’avenir d’intégrer activement les jeunes et les expériences faites avec différentes méthodes et approches dans les projets-modèles pour un développement territorial durable.
«Le Next Generation Lab est un très bon levier pour sensibiliser les jeunes au développement de leur région», juge Sherine Seppey. On ignore encore quelle suite sera donnée à l’idée développée par son groupe. Cela dépend de ce que l’on attend de la jeune génération, conclut Simon Vogel, du groupe de Frauenfeld. «La génération d’idées fonctionne bien.» Mais leur mise en œuvre avec des jeunes est peu réaliste, car ceux-ci sont encore en formation ou très engagés dans d’autres domaines. Il sera peut-être possible de réaliser une idée dans le cadre d’une initiative existante. Simon Vogel est convaincu que leur «idée irait très bien avec un concept de possible reconversion de la caserne de Frauenfeld». Judith Janker, directrice de Regio Frauenfeld depuis septembre, souhaite elle aussi poursuivre le développement de cette idée. Le thème choisi répond à l’esprit du temps. L’idée aurait dû être présentée fin octobre lors du 25e anniversaire de Regio Frauenfeld. Mais il a fallu reporter cette fête au printemps prochain à cause de la situation sanitaire.
«Tant à Frauenfeld que dans le Bas-Valais, les équipes ont développé des modèles d’affaires concrets en deux jours. Elles ont ainsi atteint un stade nettement plus avancé que celui auquel nous nous attendions lors de la conception du Next Generation Lab», commente Thomas Probst, membre des initiateurs. Il s’agit maintenant d’examiner comment les plans peuvent aboutir à une mise en œuvre, ce qui requiert l’intervention non seulement des jeunes adultes, mais aussi des acteurs expérimentés des régions.
Next Generation Lab: Design your future! Dans un laboratoire, nous développons de nouvelles idées et les testons. De nouveaux procédés sont expérimentés pour continuer de développer certaines idées ou en rejeter d’autres. Grâce à la créativité et au travail d’équipe, les idées retenues sont améliorées. C’est exactement comme cela que fonctionne le Next Generatio Lab – un laboratoire d’innovation pour développer des idées. Ici, regiosuisse teste une approche de co-création dans l’espace virtuel: regiosuisse.ch/fr/next-generation-lab
Le rebond digital des entreprises de l’Arc jurassien
Muriel Raemy
La résilience est au cœur du cahier des charges du «Digital Arc Hub». Une mission plus que jamais d’actualité en ces temps de pandémie. Soutenu dans le cadre du programme intercantonal NPR de l’Arc jurassien, ce projet veut en effet élaborer un outil de diagnostic pour permettre aux PME d’évaluer leur maturité digitale. Et l’enjeu est de taille. Les heurts du commerce mondial conséquents à la crise du coronavirus pèsent sur ce tissu industriel bien spécifique davantage que partout ailleurs en Suisse romande, son PIB étant fortement lié aux secteurs des machines, des instruments de précision et, bien sûr, de l’horlogerie, des branches extrêmement sensibles au contexte international.
Créé en 2018, le « Digital Arc Hub » réunit de nombreux acteurs économiques des cantons du Jura et de Neuchâtel, du Jura bernois et du Nord-Vaudois intéressés à dresser un état des lieux de la maturité digitale de chaque entreprise, quels que soient sa taille ou son secteur d’activités. Un outil pratique d’autodiagnostic actuellement en phase d’essai a été développé par la Haute école de Gestion Arc (HEG Arc). Le questionnaire passe en revue les processus internes, l’expérience client et la stratégie relative au modèle d’affaires. à terme, le « Digital Arc Hub » ambitionne de proposer du coaching et des aides ciblées pour accompagner les entreprises dans leur développement numérique. Une cartographie créée à partir des données récoltées fournira aux associations économiques ainsi qu’aux décideurs politiques les leviers nécessaires pour orienter les dirigeants d’organisations dans leurs efforts, combler des manques de formation ou créer des échanges de bonnes pratiques.
Malgré l’exode qui prédomine, on peut observer un afflux de cerveaux dans les régions de montagne périphériques de Suisse. Les nouveaux résidents venus de la plaine et des régions urbaines – les « néomontagnards » – sont en général bien formés. En plus de leurs connaissances professionnelles, ils sont souvent très disposés à s’engager socialement dans leur nouvelle région. Nombre d’entre eux donnent en outre des impulsions entrepreneuriales qui, dans les meilleurs des cas, peuvent stopper la tendance au déclin démographique.
Les géographes et les responsables du développement régional qualifient de «néomontagnards» une catégorie déterminée de nouveaux habitants des régions de montagne: ceux qui s’y établissent parce qu’ils y voient les meilleures perspectives pour réaliser leurs projets professionnels et privés. Les régions de montagne suisses profitent de cette évolution depuis quelques années. Celle-ci est favorisée par la bonne accessibilité de nombreuses régions de montagne, par l’existence de résidences secondaires et depuis peu par la numérisation et l’implantation de nouvelles formes de travail. Certaines grandes entreprises y contribuent aussi en développant massivement leurs sites dans les principales vallées alpines. Des firmes comme le sous-traitant pharmaceutique Lonza, la filiale de Bosch Scintilla (tous deux en Haut-Valais), Ems-Chemie ou le fabricant de dispositifs médicaux Hamilton (aux Grisons) sont de véritables moteurs pour l’emploi sans oublier les nouvelles arrivées. Les quatre portraits ci-dessous donnent un aperçu des motivations très diverses des différents «montagnards».
Cyril Peter, Zeneggen (VS)
Après des études à l’Université technique d’Aachen, le docteur en bioprocédés Cyril Peter a voulu sortir du monde académique. Il a cherché un nouveau défi dans l’industrie chez le sous-traitant pharmaceutique Lonza, à Viège. C’est là-bas qu’il travaille depuis 14 ans. En qualité de «Commercial Solutions Integrator», il occupe une fonction importante d’interface entre la clientèle, les responsables commerciaux et l’équipe technique.
«Je connaissais certes l’entreprise Lonza quand j’ai déménagé en Suisse, mais je ne savais presque rien de Viège et du Valais, raconte Cyril Peter. Pour commencer, j’ai habité avec ma famille sur mon lieu de travail dans un environnement de fond de vallée qui n’était pas particulièrement idyllique. Quand nous avons découvert Zeneggen un peu plus tard lors d’une excursion de week-end, nous avons eu le coup de foudre : un village de montagne romantique avec la nature directement devant la porte – totalement à l’opposé de notre vie passée, dans la ville d’Aachen (Aix-la-Chapelle) qui compte un demi-million d’habitants. Zeneggen est rapidement devenue notre nouvelle patrie. Avec ses trois cents habitants et environ deux douzaines d’associations, cette localité offre une vie sociale étonnamment variée, à laquelle j’aime participer. C’est ainsi que je suis depuis quelques années président du club sportif, membre des pompiers volontaires, et depuis peu conseiller de paroisse. Adepte des activités de plein air, j’apprécie en outre les possibilités de loisirs à proximité immédiate.
Je ne suis de loin pas le seul à faire la navette du village à Viège. À cause du coronavirus, j’ai aussi travaillé souvent à domicile ces derniers temps – je me sens parfaitement bien quand je suis assis au milieu des montagnes, à 1400 mètres d’altitude, avec la vue sur les sommets environnants de trois et de quatre mille mètres, tout en étant interconnecté avec nos clients et nos collègues du monde entier. Il ne me manque absolument rien en tant qu’ancien citadin. Au contraire: je suis chaque fois étonné de la richesse de la vie culturelle qu’offre le Haut-Valais, qui inclut même la musique classique. Et si une fois nous avons envie d’autre chose, nous sommes rapidement à Berne, à Zurich ou à Milan.»
Martin Bienerth et Maria Meyer, fromagerie du village d’Andeer (GR)
Martin Bienerth vient de l’Allgäu, son épouse Maria Meyer de Moselle. Tous deux ont étudié l’agriculture biologique après le baccalauréat et ont gardé des vaches dans les Alpes grisonnes lors de leurs vacances semestrielles. C’est là qu’ils ont fait connaissance et qu’un été à l’alpage s’est finalement transformé en un grand nombre d’estivages. Entre-temps, Martin Bienerth a travaillé comme inspecteur agricole de l’UE, pendant que son épouse s’est formée comme fromagère en Suisse. «Nous avons saisi l’opportunité de reprendre la fromagerie d’Andeer (GR), qui était menacée de fermeture, dès qu’elle s’est offerte à nous il y a près de vingt ans», dévoile Martin Bienerth. «C’était assez compliqué à cette époque – les accords bilatéraux n’existaient pas encore. Nous n’avions guère d’argent, nous ne pouvions compter que sur un soutien public limité et nous avons d’abord été accueillis avec scepticisme parce que nous voulions faire beaucoup de choses différemment de nos prédécesseurs. Mais nous nous sommes mis au travail avec ferveur, passion, engagement et persévérance. Nous transformons aujourd’hui 420 000 litres de lait par an, qui nous sont livrés par cinq paysans bios. Nous produisons du fromage, de la crème, de la crème acidulée et du beurre que nous vendons dans notre propre magasin, à côté d’un assortiment écologique acheté. Nous distribuons également notre fromage dans toute la Suisse et à l’étranger par l’intermédiaire de grossistes. Nous sommes passés de 10 % de vente directe à 100%, avec une hausse correspondante de la valeur ajoutée. Nous pouvons ainsi payer de meilleurs prix aux paysans et lutter contre l’exode rural. Les dix emplois de notre laiterie y contribuent également.
La reprise de la fromagerie a été l’une des meilleures décisions de notre vie, même si l’horaire hebdomadaire de 60 à 70 heures exige de tout donner. Pendant un temps, j’ai aussi été membre du comité de l’Union grisonne des alpagistes (Bündner ÄlplerInnenverein, BÄV) et de la commission d’exploitation alpestre et laitière de l’Union grisonne des paysans. Quand je me rappelle nos débuts difficiles il y a bientôt vingt ans, je crois que bien des choses seraient probablement plus faciles aujourd’hui grâce aux changements politiques.»
Martin Bienerth et Maria Meyer, fromagerie du village d’Andeer (GR)
Martin Bienerth vient de l’Allgäu, son épouse Maria Meyer de Moselle. Tous deux ont étudié l’agriculture biologique après le baccalauréat et ont gardé des vaches dans les Alpes grisonnes lors de leurs vacances semestrielles. C’est là qu’ils ont fait connaissance et qu’un été à l’alpage s’est finalement transformé en un grand nombre d’estivages. Entre-temps, Martin Bienerth a travaillé comme inspecteur agricole de l’UE, pendant que son épouse s’est formée comme fromagère en Suisse. «Nous avons saisi l’opportunité de reprendre la fromagerie d’Andeer (GR), qui était menacée de fermeture, dès qu’elle s’est offerte à nous il y a près de vingt ans», dévoile Martin Bienerth. «C’était assez compliqué à cette époque – les accords bilatéraux n’existaient pas encore. Nous n’avions guère d’argent, nous ne pouvions compter que sur un soutien public limité et nous avons d’abord été accueillis avec scepticisme parce que nous voulions faire beaucoup de choses différemment de nos prédécesseurs. Mais nous nous sommes mis au travail avec ferveur, passion, engagement et persévérance. Nous transformons aujourd’hui 420 000 litres de lait par an, qui nous sont livrés par cinq paysans bios. Nous produisons du fromage, de la crème, de la crème acidulée et du beurre que nous vendons dans notre propre magasin, à côté d’un assortiment écologique acheté. Nous distribuons également notre fromage dans toute la Suisse et à l’étranger par l’intermédiaire de grossistes. Nous sommes passés de 10 % de vente directe à 100%, avec une hausse correspondante de la valeur ajoutée. Nous pouvons ainsi payer de meilleurs prix aux paysans et lutter contre l’exode rural. Les dix emplois de notre laiterie y contribuent également.
La reprise de la fromagerie a été l’une des meilleures décisions de notre vie, même si l’horaire hebdomadaire de 60 à 70 heures exige de tout donner. Pendant un temps, j’ai aussi été membre du comité de l’Union grisonne des alpagistes (Bündner ÄlplerInnenverein, BÄV) et de la commission d’exploitation alpestre et laitière de l’Union grisonne des paysans. Quand je me rappelle nos débuts difficiles il y a bientôt vingt ans, je crois que bien des choses seraient probablement plus faciles aujourd’hui grâce aux changements politiques.»
Christina Fenk et Damian Gschwend, maîtres secondaires, Blitzingen (VS)
Pour Christina Fenk et Damian Gschwend, il était clair depuis longtemps qu’ils souhaitaient habiter le plus possible au calme et au vert. Dans le cadre de ses dernières vacances, ce couple de maîtres secondaires lucernois a regardé un peu plus attentivement quelques biens immobiliers dans le Haut-Valais, région que Christina Fenk connaît depuis son enfance comme destination de vacances. Une maison qui semblait conçue pour eux leur a tapé dans l’œil. « Elle se situe aux abords du village de Blitzingen (VS) et a été construite il y a quatre ans», raconte Christina Fenk. «Comme nous sommes tous les deux très sportifs, l’offre de loisirs nous a aussi séduits. De toute façon, nous accordons plus d’importance aux activités sportives qu’au cinéma, au théâtre et à toute l’offre culturelle et commerciale d’une ville. Après le premier contact avec le propriétaire et son courtier, nous sommes rapidement tombés d’accord.
Au premier abord, personne n’a voulu croire que notre ‹projet d’émigration› était sérieux. Maintenant que nous sommes sur le départ, les gens de l’arrière-pays lucernois nous disent : ‹Vous n’avez rien à perdre puisque vous pouvez revenir à n’importe quel moment.› Mais ce n’est pas une option pour nous, au contraire: après les vacances d’été, nous commencerons tous les deux à enseigner au cycle d’orientation de Fiesch (VS).
Nous avons déjà l’impression que la vallée de Conches est notre nouvelle patrie. Nous serons bientôt dans le bain grâce à notre métier et aux contacts avec l’équipe de l’école, les élèves et les parents. En outre, je nous vois bien aussi nous engager bientôt socialement – par exemple dans un club sportif. Nous sommes également fiers d’être courageux et d’oser quelque chose de nouveau.»
Thomas Lampert, ferronnier d’art et forgeron en bâtiment, Guarda (GR)
Le fondateur de la forge Fuschina da Guarda vient de Bâle. Serrurier-constructeur de formation, il s’est perfectionné pour devenir maître forgeron diplômé et forgeron d’art. Après un crochet académique avec une maturité et des études de physique abandonnées, puis un engagement militaire au Kosovo, Thomas Lampert est retourné à ses racines professionnelles à 29 ans. «Mais je voulais me mettre à mon compte», se souvient-il. «à la recherche d’un local, je suis tombé en 2001 à Guarda sur une forge rénovée et sur un marché assez vierge. Avec mes collaborateurs et mes apprentis, j’ai progressivement édifié la forge d’art et de construction où nous proposons ferronnerie et réalisations en métal, mais aussi réparations et restaurations. Nous avons également un secteur dédié à la cuisine où nous fabriquons des couteaux, des couverts et des poêles pour les particuliers et les restaurateurs. Nous sommes en train de construire un nouvel atelier que nous ouvrirons le 5 septembre 2020. Il améliorera nos possibilités de production, mais il est aussi conçu comme forge d’exposition avec centre pour visiteurs, exposition, bistrot et locaux d’atelier.
La décision de déménager à Guarda s’est avérée excellente. La périphérie a ses avantages lorsqu’elle attire aussi des visiteurs. La Basse-Engadine laisse du temps et de l’espace pour des idées nouvelles et des innovations comme le bâtiment neuf dans lequel nous souhaitons refamiliariser les gens avec le métier de forgeron. Le financement a toutefois représenté un certain défi. Nous y sommes finalement parvenus avec des fonds propres, un crédit de construction, un financement participatif et une contribution de l’Aide suisse à la montagne. En tant que nouvel arrivant, j’ai toujours joui d’une sorte de liberté absolue. En Basse-Engadine, la personne travailleuse, assidue et qui a un certain succès a déjà à moitié gagné. À côté de toutes les qualités humaines, on s’attend aussi à un certain engagement public. J’ai siégé cinq ans au conseil communal et je suis actuellement président de l’office du tourisme. Plutôt réservés, les Engadinois m’ont toujours pardonné mon franc-parler bâlois.»
Le bénéfice pour l’économie régionale
On ignore quelle contribution globale les «néomontagnards» apportent au développement régional. Cette notion n’apparaît encore dans aucune statistique. L’Institut de géographie de l’Université de Berne a examiné plus en détail le phénomène des «néomontagnards» lors d’une étude exploratoire menée dans le canton des Grisons. Rahel Meili, qui a écrit sa thèse sur ce sujet, constate que: « l’arrivée des «néomontagnards» provoque un rajeunissement de la population et renforce le capital humain.» En outre, ces nouveaux résidents venus de la plaine disposent de grandes connaissances professionnelles, d’un capital de départ et de réseaux interrégionaux. Ils apportent des idées et des contacts nouveaux dans les régions périphériques. Ils ou elles amènent des possibilités innovantes de création de valeur ajoutée axée sur l’exportation en développant leur réseau de vente dans les régions urbaines d’où ils viennent et au-delà.
On ne peut que spéculer sur les possibilités d’exploiter le potentiel économique des «néomontagnards» à plus grande échelle. Une approche pourrait consister à créer un réseau des «néomontagnards» afin que ceux-ci puissent échanger leurs idées et leurs expériences et, si nécessaire, accéder à des prestations de conseil spécifiques. On pourrait aussi inclure dans ce réseau la génération des personnes de 65 ans et plus qui, après la retraite, choisissent de convertir leur résidence secondaire à la montagne en domicile fixe et s’intéressent à s’engager publiquement dans leur nouvel environnement.
Le numéro 2 de «regioS» (décembre 2009) s’intéressait à l’association Pays de l’absinthe, porteuse d’un projet de valorisation de la fée verte entre le Haut-Doubs et le Val-de-Travers.
Faire la fête et marcher au Pays de l’absinthe
Principal projet porté par l’association Pays de l’absinthe, la « Maison de l’absinthe » a ouvert ses portes en grande pompe à Môtiers en juillet 2014 – de passage dans la région pour sa traditionnelle course d’école, le Conseil fédéral avait participé à la fête. Aujourd’hui, cette institution fait connaître à 12 000 visiteurs par an l’histoire sulfureuse de cet alcool, fabriqué clandestinement entre son interdiction en 1910 et sa réhabilitation en 2005. Une Route de l’absinthe, qui permet de cheminer de Pontarlier au Creux du Van et d’y rencontrer des distillateurs, a également vu le jour, ainsi que des manifestations telles que «Absinthe en fête», équivalent des manifestations caves ouvertes, dont la prochaine édition aurait dû se dérouler en juin 2020.
Moins de trafic pendulaire grâce aux espaces de co-working
Raphaël Chabloz
Créer entre 150 et 200 lieux d’ici 2025 couvrant l’ensemble du territoire du Grand Genève et proposant près de 7000 places de travail, utilisées par environ 35 000 clients, c’était l’objectif affiché par «GE-NetWork», deuxième étape d’un projet Interreg visant à développer le télétravail et le co-working au bout du Léman. En 2014, une vingtaine de lieux étaient référencés, il y en avait plus de 50 en 2018. Cependant, ils restaient encore très largement concentrés sur la partie suisse du Grand Genève et au centre de l’agglomération. Les études réalisées lors de la première phase de ce projet montrent que la naissance de ce réseau franco-suisse permettrait de réduire de 6% les déplacements sur l’agglomération – soit près de 12 millions de déplacements annuels. Autre intérêt, dynamiser des régions périphériques. Si les «start-upers» ont déjà l’habitude du télétravail, les grandes entreprises sont encore frileuses. Leur démontrer les avantages de ces nouvelles formes de travail et les accompagner dans ce processus de transformation reste un objectif prioritaire du projet.
Plusieurs solutions sont envisagées pour que les nouveaux lieux soient viables dans les communes périphériques: des partenariats publics-privés, ou des modèles offrant des services en plus de l’offre de co-working. Du côté de collectivités publiques, plusieurs possibilités d’action existent. Les grands employeurs peuvent avoir un rôle d’exemplarité, mener des projets-pilotes. Second levier, la mise à disposition de foncier. Les communes peuvent également investir pour réduire la prise de risques, mais avec à terme l’objectif d’atteindre l’autonomie financière.
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